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In the Grey : Henry Cavill et Jake Gyllenhaal dans le film maudit de Guy Ritchie

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In the Grey : Henry Cavill et Jake Gyllenhaal dans le film maudit de Guy Ritchie

70 millions de budget. 10 millions de recettes. Trois ans de purgatoire. La critique sans spoilers du thriller le plus fantôme de 2026.

FIGURANTS.COM · 2 JUIN 2026 · CINÉMA / CRITIQUES

Soixante-dix millions de dollars. Trois ans de purgatoire. Une poignée de salles américaines. Dix millions de dollars de recettes. Les chiffres suffiraient, à eux seuls, à dresser le bilan d’In the Grey — le film de Guy Ritchie qui réunit Henry Cavill, Jake Gyllenhaal et Rosamund Pike dans ce qui devait être un thriller d’action de premier rang. Ce qui en ressort est plus instructif que le film lui-même : une autopsie en temps réel des fragilités de Hollywood et des carrières qui s’y perdent.

Mais le paradoxe mérite qu’on s’y attarde. Pas seulement comme curiosité comptable. Parce qu’In the Grey dit quelque chose d’assez juste sur l’état du cinéma d’action en 2026, sur la vulnérabilité des grandes stars et sur ce qui arrive quand on a trop d’argent, trop de noms au générique et trop peu d’urgence dans le propos.

La malédiction Superman : Henry Cavill cherche sa sortie

Il y a quelque chose d’étrangement mélancolique dans la trajectoire d’Henry Cavill depuis son éviction du DC Universe. Man of Steel lui avait offert une stature de star internationale. Black Adam lui avait rendu son costume le temps d’un caméo, avant que James Gunn ne referme définitivement la porte. Depuis, l’acteur gallois navigue entre franchises Netflix (Enola Holmes), séries abandonnées (The Witcher), et films coraux où il occupe le troisième rang sans jamais retrouver le centre de l’écran.

In the Grey ne rompt pas avec cette logique. Le film — c’est ainsi qu’il circule sur les réseaux — reste une production où son rôle est celui d’un soutien prestigieux. Le personnage central appartient à Eiza González — avocate de l’ombre spécialisée dans les dossiers impossibles, dont la voix off structure le récit du premier plan au dernier. L’actrice mexicaine, révélée dans Ambulance de Michael Bay, porte le film sur ses épaules avec une présence évidente. Cavill et Gyllenhaal, eux, restent dans l’arrière-plan : badasses en surface, évanouis sur le papier.

C’est une tendance lourde. Les acteurs qui ont incarné Superman — Reeve, Routh, Cavill — ont tous buté sur la même difficulté une fois sortis du costume : se défaire de la figure mythique pour exister comme acteur ordinaire, faillible, humain. In the Grey ne les aide pas à y parvenir. Il les utilise comme garanties commerciales sans leur ouvrir d’espace dramatique réel.

In the Grey : cinq plans pour une heure de blabla

Le concept du film repose sur une idée honnête. Une équipe d’élite qui ne prévoit pas un plan de secours mais cinq — pas des bras cassés comme dans la plupart des films du genre, mais des professionnels qui anticipent chaque défaillance possible. « Ils ont pas un plan, ils ont cinq plans. Et c’est le concept. Ils ont cinq sorties différentes. » Surveillance par drone, actions juridiques parallèles, pression progressive sur le patrimoine d’un trafiquant récalcitrant : la mécanique est séduisante sur le papier.

Le problème, c’est que le film tient à ce concept comme à un alibi. Les quatre-vingt-dix minutes d’In the Grey se décomposent en une heure de mise en place — conversation après conversation, manœuvre juridique après manœuvre juridique — et vingt-cinq minutes d’action finale qui arrivent trop tard, trop sages, pour sauver l’ensemble. Entre González et l’antagoniste, c’est un jeu d’échecs qui s’étire à n’en plus finir. Elle lui retire le yacht. Puis l’appartement. Puis une usine. Il répond. Elle remet la pression. La mécanique tourne à vide.

Le cinéma de Guy Ritchie, dans ses meilleures années, fonctionnait à l’adrénaline pure. Snatch, Lock, Stock and Two Smoking Barrels — des plans qui duraient une seconde, un montage qui coupait avant que vous ne preniez le temps de respirer. L’auteur a depuis appris la patience : les plans s’allongent, la photographie respire. Un progrès réel. Qui ne suffit pas à compenser l’inertie du scénario.

Guy Ritchie entre deux eaux : cinéma grand écran contre petits écrans de prestige

La carrière de Guy Ritchie depuis 2019 ressemble à une ligne brisée. The Gentlemen (film, 2019) a fonctionné sur la nostalgie de ses grandes heures. Un homme en colère était un véhicule Statham, ni plus ni moins. The Covenant (2023), en revanche, mérite ses défenseurs : sobre, tendu, militaire, c’est le meilleur Ritchie de l’ère post-Sherlock Holmes. Les séries, elles, lui réussissent décidément mieux : The Gentlemen sur Netflix, ou plus récemment Mobland, ont montré que le format feuilleton libère quelque chose chez lui que le long-métrage de cinéma semble aujourd’hui contraindre.

In the Grey a été tourné en 2023, pendant la grève des scénaristes américains. Il a ensuite passé plusieurs années à circuler entre boîtes de production et distributeurs, avant d’échouer sur les écrans avec une diffusion confidentielle. Sorti trop tard pour bénéficier du momentum de ses stars — trop tôt peut-être pour trouver sa place dans un paysage où le streaming a redistribué toutes les cartes.

Le casting cinéma de ces grandes productions s’articule toujours autour d’un même pari : réunir des noms suffisamment puissants pour compenser les faiblesses du scénario. In the Grey illustre ce que ce pari peut donner quand les noms sont là mais que l’espace narratif leur est refusé. Dans ce type de film à distribution large, ce sont souvent les seconds rôles et les figurants qui témoignent le mieux de l’ambition réelle d’une production — et leur invisibilité ici dit beaucoup.

Eiza González, seule rescapée d’un film trop sage

Il serait injuste de charger le film sans saluer ce qui fonctionne. Eiza González impose une autorité tranquille, une intelligence de jeu qui tranche avec l’agitation habituelle du genre. Sa voix off est construite avec soin — précise, sobre, efficace. La photographie générale est soignée, les décors bien choisis, le film respire visuellement même quand il s’asphyxie dramatiquement.

Les vingt-cinq dernières minutes, avec leurs fusillades et leur montée en pression tardive, rappellent qu’un autre film était possible. Que le matériau de départ n’était pas sans qualités. Mais ces qualités arrivent trop tard, après trop de patience consentie par un spectateur qui attendait autre chose.

Rosamund Pike, dont la présence est signalée sans être développée, méritait mieux. Jake Gyllenhaal aussi, dont la filmographie récente — Ambulance, Road House, maintenant cet échec — cherche un nouveau centre de gravité. Comme Cavill. Comme Ritchie lui-même.

« Le film s’est vautré lamentablement. Lamentablement et les critiques elles sont là en train de dire que c’est un des plus mauvais Guy Ritchie depuis des années. » La sentence est sévère. Elle est juste.

« In the grey, donc la zone de gris, on y est complètement avec ce film quoi. » Le réalisateur a peut-être, cette fois, trop bien choisi son titre. Pour ceux qui suivent les actualités du cinéma et les grandes sorties de l’année, In the Grey restera comme l’exemple parfait d’un film fantôme — tourné, oublié, ressorti, et aussitôt re-oublié.

En attendant mieux de ces étoiles gâchées, la récente critique de Pressure (2026) avec Andrew Scott offre un contre-exemple réjouissant : la preuve qu’un film de genre avec du budget peut encore, quand il en a la volonté, se donner vraiment la peine.




Questions fréquentes sur In the Grey

Questions fréquentes sur In the Grey

Pourquoi In the Grey a-t-il été un flop commercial ?

In the Grey a rapporté environ 10 millions de dollars pour un budget de 70 millions. Tourné en 2023 pendant la grève des scénaristes, le film a circulé entre plusieurs producteurs et distributeurs avant d’obtenir une sortie américaine confidentielle en 2026. L’absence de promotion internationale et la concurrence des plateformes de streaming ont lourdement pesé sur ses résultats.

Qu’est-ce que In the Grey raconte ?

Le film suit une avocate (Eiza González) spécialisée dans les missions à haut risque pour des clients ultra-fortunés. Son équipe — dont Henry Cavill et Jake Gyllenhaal — tente de récupérer des sommes colossales auprès d’un trafiquant récalcitrant en multipliant plans d’urgence et pressions juridiques successives.

Quel est le rôle de Henry Cavill dans In the Grey ?

Henry Cavill tient un rôle secondaire dans cette production. Le personnage central appartient à Eiza González, qui structure le récit en voix off. Cavill et Jake Gyllenhaal incarnent deux membres de l’équipe d’experts, mais restent peu développés sur le plan scénaristique malgré leur présence physique à l’écran.

In the Grey est-il disponible en France ?

En juin 2026, la diffusion reste limitée aux États-Unis. Aucune date de sortie française — en salle ou sur plateforme — n’a été officiellement annoncée à ce jour.

Quels films de Guy Ritchie voir en priorité ?

The Covenant (2023) reste la meilleure entrée dans la filmographie récente du réalisateur. La série The Gentlemen sur Netflix et la série Mobland sont également de solides représentants de son travail télévisuel, où son style trouve son expression la plus accomplie à ce jour.


@JOF
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