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Et si les films du futur étaient générés par IA ?

◆ CHRONIQUE FIGURANTS.COM

Et si les films du futur
étaient générés par IA ?

L’intelligence artificielle peut ressusciter Indiana Jones à quarante ans. Un trailer fan-made le prouve. Et ce n’est que le début.

FIGURANTS.COM  ·  18 JUIN 2026  ·  CINÉMA

La scène dure moins de deux minutes. Un homme en chapeau traverse un couloir dans la pénombre, fouet à la ceinture, profil de l’acteur hollywoodien des années quarante. Il a l’âge exact qu’il faut. Pas une ride de trop, pas une hésitation dans le regard, pas la fatigue que le temps finit toujours par imposer.

Ce Harrison Ford n’existe pas. Il n’a jamais tourné cette scène. Personne n’a financé ce film.

C’est un objet trouvé sur YouTube. Un travail de fan, d’assez bonne facture pour servir de démonstration. Et c’est pourtant la chose la plus convaincante produite sous le nom d’Indiana Jones depuis Le Dernier Croisade — 1989, soit trente-sept ans d’attente.

Le débat emplois-IA : une question légitime, une réponse trop commode

L’IA inquiète dans les milieux du cinéma. C’est compréhensible. Toute technologie qui automatise une partie du geste humain, que ce soit l’écriture, le dessin, le montage ou la performance, provoque le même réflexe dans la profession concernée. Ce n’est pas de la mauvaise foi. C’est un réflexe de survie.

Mais ce réflexe a une histoire, et l’histoire n’est pas de son côté.

L’électricité a supprimé le métier d’allumeur de réverbères. Internet a détruit la presse papier telle qu’elle existait, les disquaires, les agences de voyage locales, une large partie de la photographie argentique professionnelle. L’imprimerie, plusieurs siècles avant eux, avait mis fin à la profession de copiste.

À chaque fois : des emplois détruits, des emplois créés, une industrie nouvelle qui n’existait pas. Et des gens qui ont eu raison d’avoir peur, et d’autres qui ont vu trop tôt ce que la technologie rendait possible, et qui en ont fait quelque chose.

S’enfermer dans le seul prisme des pertes d’emplois revient à rester du mauvais côté de l’histoire. Ce n’est pas une position. C’est un refus.

La vraie question n’est pas « est-ce que la technologie va tuer les acteurs ? » Elle est : que peut-on faire aujourd’hui qu’on ne pouvait pas faire hier ? Et la réponse, depuis deux ans, est devenue spectaculaire.

Les grandes licences des années 80 : le problème que personne n’ose nommer

Il y a un paradoxe que l’industrie hollywoodienne évite soigneusement d’articuler. Les licences qui fonctionnent vraiment dans la mémoire collective, celles que le public reconnaît et plébiscite encore des décennies après leur création, ont presque toutes été posées entre 1977 et 1995. Retour vers le futur. Ghostbusters. Indiana Jones. Terminator. Alien. Die Hard. Jurassic Park.

Depuis, les studios ont essayé. Suites, reboots, « nouvelles générations », univers connectés. Le bilan d’ensemble est sévère.

Star Wars a produit une trilogie techniquement aboutie et commercialement rentable qui a disparu de la mémoire collective moins de deux ans après la sortie du dernier film. Ghostbusters 2016 a coûté 144 millions de dollars pour servir de leçon de ce qu’il ne faut pas faire avec une franchise aimée. Terminator : Dark Fate (2019) a échoué malgré le retour de Linda Hamilton et la supervision de James Cameron.

Ce n’est pas uniquement une question de scénario ou de talent créatif. C’est une question de corps.

Les personnages qui ont marqué les années 80 sont incarnés dans une morphologie, une façon de se déplacer, un regard, un âge. Ils ont été construits autour d’acteurs précis à un moment précis de leur vie. Vous pouvez engager les meilleurs scénaristes du monde pour réécrire un Indiana Jones. Si Harrison Ford a quatre-vingts ans à l’écran, et que le personnage doit tenir une scène d’action dans des cryptes, la suspension d’incrédulité ne tient pas. Le public le sait. Il le ressent avant même de l’analyser.

« Le Cadran de la Destinée (2023) souffrait d’un problème plus profond : Indiana Jones y était vieux, fatigué, hors du personnage dans sa propre franchise. »

Le Royaume du Crâne de Cristal (2008) était raté pour des raisons multiples. Le Cadran de la Destinée (2023) l’était différemment, et plus profondément. Le film essayait de transformer la vieillesse du héros en thème. Le public n’a pas suivi.

Suivre la vie d’un héros d’action qui vieillit ne fonctionne pas comme genre. Ce n’est pas un problème propre à Harrison Ford. C’est une réalité structurelle. Comme nous l’avons analysé avec le cas de Shrek 5 et la stratégie Zendaya chez DreamWorks, les grandes franchises des générations précédentes naviguent toutes dans le même paradoxe.

Ce que la technologie rend désormais possible

C’est là que la donne change, et de façon radicale.

Depuis 2023, les outils de reconstruction faciale et de génération vidéo ont franchi un seuil qualitatif. Le résultat n’est plus du gadget expérimental réservé aux laboratoires de recherche. Val Kilmer a joué plus d’une heure de performance recréée dans As Deep as the Grave, avec l’accord explicite de sa fille Mercedes et de son estate, dans un cadre conforme aux règles SAG-AFTRA. Bitcoin Killing Satoshi, présenté en sélection au Festival de Cannes 2026 avec Doug Liman, Gal Gadot et Casey Affleck, avait deux cents décors entièrement générés. Film tourné en vingt jours sur plateau blanc.

La technologie est là. Elle n’est pas parfaite sur deux heures de long métrage. La cohérence narrative sur toute la durée d’un film, la chaleur organique d’une performance d’acteur sur cent vingt minutes, ça reste un défi réel que personne n’a encore complètement résolu. Mais sur une séquence de trois minutes, sur un trailer de démonstration, sur des scènes d’action où l’identité visuelle du personnage est cruciale : elle peut déjà être convaincante.

Indiana Jones et la Destinée de l’Atlantide : le film qu’on n’a jamais eu

Un fan anonyme l’a prouvé avec le trailer qu’il a posté sur YouTube sous le titre Indiana Jones and the Fate of Atlantis. Le titre vient du jeu vidéo LucasArts de 1992, considéré depuis trente ans par ceux qui l’ont joué comme le vrai quatrième Indiana Jones — celui que Spielberg et Lucas n’ont jamais fait. L’atmosphère du jeu était intacte : des cryptes méditerranéennes, l’Atlantide engloutie, une partenaire, Sophia Hapgood, à égalité dans l’aventure.

Le trailer montre un Harrison Ford rajeuni numériquement, à l’âge où le personnage est le plus lui-même. Ce n’est pas parfait. Il y a des artefacts, des moments où l’illusion se laisse apercevoir. Mais c’est suffisamment convaincant pour que la question ne soit plus théorique.

Ce n’est pas la création de cette rédaction. C’est un objet trouvé sur YouTube, repéré pour ce qu’il implique.

Vous pouvez le visionner ici : Indiana Jones and the Fate of Atlantis — trailer fan YouTube.

La barrière n’est plus technique

Ce qui frappe dans ce trailer, ce n’est pas la prouesse technique en elle-même. C’est ce que la technique débloque.

L’obstacle n’est plus « peut-on faire ça ? » La question est devenue : qui possède les droits d’image de Harrison Ford pour ce type d’usage à grande échelle ? Qui supervise l’écriture pour que la voix du personnage reste juste ? Qui signe l’accord avec l’acteur vivant — ou avec sa famille si ce n’est plus possible ? Comment l’auteur original du personnage est-il impliqué dans la direction artistique ?

Ces questions ont des réponses légales et économiques. Elles ne sont pas simples, et elles vont occuper les tribunaux de l’industrie du divertissement pendant une partie de la décennie. SAG-AFTRA travaille dessus depuis l’accord de 2023. Les premiers cas de jurisprudence se posent.

Mais elles se posaient déjà. La différence, maintenant, c’est qu’elles ont un calendrier.

Les grands studios ont dans leurs catalogues des licences que leurs propres équipes créatives n’arrivent plus à exploiter sans trahir ce qui les rendait uniques. Ces outils ne vont pas remplacer les plateaux, les figurants, les chefs opérateurs ou les directeurs d’acteurs. Ils vont, en revanche, rendre possibles des films que personne d’autre ne pouvait faire.

Ce que personne dans l’industrie n’ose dire clairement : les fans anonymes sur YouTube ont déjà un coup d’avance.

Pour suivre l’actualité du cinéma et des castings, retrouvez nos chroniques régulières sur Figurants.com. Et si vous voulez participer à un tournage, la rubrique figuration cinéma est le point de départ.

FAQ — Films futur intelligence artificielle

Pourquoi les films Indiana Jones récents ont-ils déçu le public ?

Le Royaume du Crâne de Cristal (2008) a accumulé les faux pas de ton, de mise en scène et de cohérence avec les trois premiers films. Le Cadran de la Destinée (2023) souffrait d’un problème plus profond : Harrison Ford y est trop vieux pour le personnage. Aucun scénario ne contourne cette réalité de genre. Le public ne veut pas voir vieillir son héros. Il veut retrouver le personnage à son meilleur.

Qu’est-ce que le trailer Indiana Jones Fate of Atlantis disponible sur YouTube ?

C’est un trailer fan-made diffusé sur YouTube, inspiré du jeu vidéo LucasArts Indiana Jones and the Fate of Atlantis (1992). Il utilise des outils d’IA pour reconstituer un Harrison Ford rajeuni dans un contexte des années 40. La qualité est suffisante pour servir de démonstration. Lien direct : https://youtu.be/q2PIipOTld8

L’intelligence artificielle peut-elle vraiment générer un film entier ?

Pas encore de façon convaincante sur deux heures. La cohérence narrative sur toute la durée d’un long métrage reste un défi. En revanche, sur des séquences courtes, des décors générés ou des reconstructions faciales, les résultats sont déjà utilisés professionnellement. Bitcoin Killing Satoshi, présenté à Cannes 2026, avait deux cents décors entièrement générés, pour un tournage de vingt jours.

Quels acteurs ont déjà été recréés par IA dans un film officiel ?

Val Kilmer a eu plus d’une heure de performance recréée dans As Deep as the Grave, avec l’accord de sa famille. Peter Cushing et Carrie Fisher ont été recréés numériquement dans Rogue One et L’Ascension de Skywalker. Le rajeunissement facial est en production depuis The Irishman de Scorsese (2019) avec De Niro, Pacino et Pesci.

Pourquoi les grandes licences des années 80 résistent-elles mieux que les nouvelles franchises ?

Elles ont été construites autour de personnages archétypaux simples, d’acteurs qui ont eu le temps d’incarner leur rôle sur plusieurs films, et d’une époque où les studios laissaient les projets respirer. Les nouvelles franchises sont conçues pour produire des suites et des univers connectés. Le public ressent la différence entre un univers qui a grandi et un univers calculé.