Blowout De Palma : John Travolta et Nancy Allen dans le thriller américain de 1981 que les cinéphiles gardent pour eux
La résurrection 4K d’un chef-d’oeuvre de Brian De Palma — et pourquoi il est si difficile à trouver

« J’en ai chié des ronds de chapeau pour mettre la main dessus. » Cette phrase ne parle pas d’une rareté de collectionneur épuisée depuis quarante ans. Elle parle d’un Blu-ray commandé deux fois sur la Fnac, annulé deux fois, finalement récupéré directement chez l’éditeur. Le film s’appelle Blowout. Il date de 1981. Il est signé Brian De Palma. Et d’après ceux qui le connaissent vraiment, c’est le meilleur film du monde.
Blowout De Palma n’est pas un film secret. Il est sorti à l’été 1981, au moment précis où Les Aventuriers de l’Arche Perdue aspirait tous les regards. La critique l’a respecté. Pauline Kael l’a adoré. Et puis il s’est installé lentement dans les marges du cinéma américain, passant de VHS en DVD, de DVD en Blu-ray. Quarante-cinq ans plus tard, quelqu’un en parle encore avec la même urgence que s’il venait de le découvrir.
Le film ressort en 2026 dans une édition 4K publiée par Le Chat qui Fume, l’éditeur français spécialisé dans le cinéma de genre. Le master est d’une beauté remarquable. Les bonus occupent un disque entier. C’est un objet dont on comprend immédiatement qu’il mérite une soirée à lui seul.
John Travolta à contre-emploi
Le pari casting de Brian De Palma en 1981 est audacieux : prendre John Travolta au sommet de sa popularité disco et lui confier un rôle d’ingénieur du son pour les séries B. Un personnage terne, technique, sans charisme apparent. Un homme qui regarde le monde à travers ses micros au lieu d’y participer.
Travolta y est bouleversant. Pas par excès — au contraire. Il joue Jack Terry avec une économie rare, une façon de ne jamais forcer l’émotion que De Palma a su exploiter jusqu’au dernier plan. On le regarde enregistrer les sons du monde — une roue de voiture, des branchages, le vent dans les arbres — et on comprend que cet homme est à la fois hyper-présent et radicalement à l’écart de la vie qu’il observe.
Face à lui, Nancy Allen joue Sally Badina, seule rescapée d’un accident de voiture qui n’en est pas un. Allen était l’épouse de De Palma au moment du tournage, et cette intimité se ressent dans la partition : Sally est vulnérable mais pas naïve, drôle mais jamais légère. Le plateau a visiblement été un espace de confiance totale entre les deux acteurs.
Et puis il y a John Lithgow. Dans le rôle du tueur Burke, il compose une performance à froid qui fait encore frissonner. Lithgow n’est pas menaçant au sens habituel du terme — il est méthodique. Ce n’est pas la même chose. C’est beaucoup plus inquiétant. Le directeur de casting Lynn Stalmaster, qui avait déjà signé le recrutement sur Chinatown et L’Exorciste, a réuni ici trois performances qui se répondent avec une précision remarquable.
De Palma et le pouvoir du son
Blowout De Palma est avant tout un film sur l’écoute. Jack Terry travaille pour une production de série Z qui a besoin d’un cri plus convaincant pour sa scène d’horreur. Il sort enregistrer des sons la nuit au bord d’un lac. C’est là qu’il entend l’accident. C’est là que le film commence réellement.
Brian De Palma dialogue explicitement avec Blow-Up d’Antonioni (1966), mais là où le personnage d’Antonioni était photographe, Jack est preneur de son. Le son, ici, est à la fois plus fiable et plus manipulable que l’image. On peut le monter, le synchroniser sur des images fabriquées, construire une preuve à partir d’une bande magnétique. La frontière entre le document et la fiction est celle que le film explore avec une rigueur implacable.
« C’est le meilleur film du monde. C’est mon film préféré. C’est le meilleur film de De Palma et De Palma, c’est mon réal préféré. »
La mise en scène joue avec toutes les ressources du cinéma — split-screen, steadicam, ralenti, son direct — dans une partition qui ne cherche jamais l’esbroufe. Chaque effet technique existe pour exprimer quelque chose : la division du regard, l’impossibilité de tout voir en même temps, la paranoïa d’un homme qui a trop d’informations et pas assez de puissance pour en faire quelque chose. Pino Donaggio signe la musique, tendue et tragique à la fois.
C’est aussi un film sur la politique américaine des années 1970 : la peur du complot, les scandales qui se referment, les vérités qu’on enterre. L’affaire Chappaquiddick — ce soir de 1969 où un candidat politique a laissé une jeune femme se noyer dans sa voiture — n’est jamais nommée mais elle est partout, comme une masse invisible qui pèse sur chaque scène. Le tournage à Philadelphie donne au film une atmosphère particulière, des rues nocturnes qu’on dirait vidées exprès pour y laisser entrer la peur.
Argento, Woo : les mêmes obsessions
Blowout n’est pas seul dans cette résurrection 4K. La même semaine, les cinéphiles se retrouvent aussi sur Ténèbres de Dario Argento (1982), qui reçoit lui aussi un traitement de luxe. La photographie blanche et dure du film — une innovation à l’époque, à contre-courant des éclairages sombres du genre — n’a jamais été aussi lisible dans une édition physique.
« Peut-être le meilleur twist de toute l’histoire du cinéma. »
Plus à l’est, John Woo reconstruisait au même moment son propre univers à Hong Kong. Le coffret 4K du Syndicat du Crime regroupe les trois films de la trilogie (1986-1989), les deux premiers réalisés par Woo, le troisième par Tsui Hark. Ce qui rend cette édition remarquable : Le Syndicat du Crime 2 inclut une version alternative avec quarante minutes de plans supplémentaires, y compris dans le climax légendaire. Quarante minutes de plus dans les scènes d’action. Ce n’est pas un bonus anecdotique. C’est un autre film qui existait à l’intérieur du film connu.
Le cinéma de genre, qu’il vienne de Los Angeles, de Rome ou de Hong Kong, partage une même obsession : montrer les mécanismes du pouvoir et les corps qu’ils broient. De Palma le fait avec le son. Argento avec la couleur. Woo avec le ralenti et le sacrifice. Ce sont trois langues différentes pour dire la même chose.
La 4K comme acte de résistance
Il y a quelque chose de particulier dans le fait de chercher à tout prix un disque physique. De le commander, de voir la commande annulée, de recommander, de voir la commande annulée à nouveau, et de finalement aller le trouver directement chez l’éditeur. Ce n’est pas du fétichisme. C’est une façon de dire qu’un film mérite d’exister en dehors de l’algorithme qui décide ce qu’on vous propose ce soir.
Blowout, Ténèbres, Le Syndicat du Crime — ces films ont failli disparaître plusieurs fois. Des droits mal gérés, des masters abîmés, des éditeurs qui ne voulaient pas prendre le risque financier d’une restauration coûteuse. Les maisons spécialisées — Le Chat qui Fume en France, Arrow Video en Angleterre — ont fait le choix inverse. Elles ont investi dans ces films. Elles ont créé des objets dont les cinéphiles se souviennent.
Posséder un film physiquement, c’est aussi garantir qu’il continuera d’exister quand la plateforme qui l’hébergeait aura fermé ou renégocié ses droits. C’est une bibliothèque personnelle qui résiste à l’oubli institutionnel. Pour un film comme Blowout De Palma, dont la fin peut hanter des années entières, cette permanence n’est pas un luxe.
Questions fréquentes
Pourquoi Blowout est-il considéré comme le meilleur film de Brian De Palma ?
Blowout synthétise toutes les obsessions du cinéaste : voyeurisme, manipulation du son et de l’image, paranoïa politique. Il offre à John Travolta son rôle le plus subtil. Sa fin, sans concession, reste une des plus dévastatrices du cinéma américain des années 1980.
Qu’est-ce que Blowout de Brian De Palma ?
Un thriller politique sorti en 1981. John Travolta y joue Jack Terry, preneur de son qui enregistre accidentellement un assassinat politique déguisé en accident de voiture. Le film dialogue avec Blow-Up d’Antonioni et les scandales politiques américains des années 1970.
Qui sont les acteurs principaux de Blowout ?
John Travolta, Nancy Allen et John Lithgow. Le directeur de casting était Lynn Stalmaster, figure incontournable du plateau hollywoodien, responsable entre autres du casting de Chinatown et de L’Exorciste.
Qu’est-ce que le giallo de Dario Argento ?
Un genre de thriller à l’italienne avec des meurtres très stylisés et des retournements narratifs forts. Ténèbres (1982) en est un des sommets, avec un twist final qui redistribue radicalement la lecture de l’ensemble du film.
Pourquoi acheter des films en support physique 4K plutôt qu’en streaming ?
La qualité d’image est supérieure au streaming compressé. Les bonus — versions longues, commentaires audio — sont souvent absents des plateformes. Et un film qu’on possède physiquement ne disparaît pas quand une bibliothèque numérique perd ses droits.
Il y a des films qu’on ne finit pas de regarder. Blowout en est un. On croit le connaître après la première vision, et puis on revient dedans dix ans plus tard pour voir quelque chose qu’on n’avait pas vu : un détail dans le cadre, une intention dans le regard d’un acteur, une note dans la partition de Pino Donaggio. Cette édition 4K n’est pas une occasion de revoir le film. C’est une occasion de le découvrir, vraiment, pour la première fois.
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