By Any Means : Mark Wahlberg face au Ku Klux Klan
Un mafieux et un agent du FBI, le Mississippi de 1966, et derrière la caméra une foule de figurants qui fait revivre le Sud ségrégationniste.
Une route de terre dans le Mississippi, l’été 1966. Des croix brûlent dans la nuit, des pick-up roulent phares éteints, et une poignée d’hommes en cagoule blanche sèment la terreur en toute impunité. Les shérifs regardent ailleurs, les jurys acquittent, l’État fédéral tâtonne. C’est dans ce trou noir de la justice américaine que s’ouvre le nouveau thriller d’Elegance Bratton, et c’est là que tout le vertige du film commence.
On parle beaucoup, cette semaine, de ce long-métrage où Mark Wahlberg et Yahya Abdul-Mateen II forment le duo le plus improbable de l’année. La raison de ce regain d’attention est simple : après une sortie estivale aux États-Unis, le film vient de débarquer en vidéo à la demande, le 20 octobre, et les premières critiques françaises tombent. Le casting de ce thriller mérite qu’on s’y arrête, moins pour ses deux têtes d’affiche que pour ce qu’il raconte du métier et de ses coulisses invisibles.
Mark Wahlberg en tueur à gages, Yahya Abdul-Mateen II en agent du FBI
Le pari de départ est casse-gueule. D’un côté, Mark Wahlberg, star populaire plus habituée aux comédies d’action et aux polars musclés qu’aux fresques morales. De l’autre, Yahya Abdul-Mateen II, comédien de prestige révélé par Watchmen et la saga Aquaman, visage d’un cinéma afro-américain exigeant. Les réunir, c’est frotter deux mondes qui, d’ordinaire, ne se croisent pas sur une affiche.
Wahlberg campe Greg Scarpa, un tueur à gages de la mafia que le FBI d’Edgar Hoover décide d’utiliser comme arme officieuse. Abdul-Mateen II incarne Wayne Strider, jeune agent fédéral noir, idéaliste, chargé d’une enquête qui n’intéresse personne. Entre les deux hommes, pas d’amitié de buddy movie, mais un marché glaçant : laisser un criminel faire le sale boulot que les institutions se refusent à faire.
Autour d’eux, la distribution convoque de vraies pointures. Giancarlo Esposito, inoubliable Gus Fring de Breaking Bad, prête sa gravité au militant Vernon Dahmer. Nicole Beharie joue Allison Strider, et l’on retrouve au générique David Strathairn, Josh Lucas, Ethan Embry, LisaGay Hamilton et LaChanze. Le réalisateur Elegance Bratton, découvert avec The Inspection, s’offre là un plateau nettement plus vaste que son premier film, et une ambition de cinéma politique assumée.
Une histoire vraie : le Mississippi de 1966 et le meurtre de Vernon Dahmer
Ce qui donne au film sa densité, c’est son ancrage documentaire. By Any Means ne sort pas d’un chapeau de scénariste : il s’inspire d’un épisode réel et longtemps tu de l’histoire américaine. Vernon Dahmer était un commerçant et un responsable local de la NAACP qui aidait les Noirs du comté de Forrest à s’inscrire sur les listes électorales. En janvier 1966, le Ku Klux Klan incendia sa maison et son magasin. Il mourut des suites de ses brûlures.
Face à l’incapacité de la police locale à agir, le FBI eut recours à une méthode que la loi réprouve : un informateur issu du crime organisé, le mafieux Gregory Scarpa, aurait été dépêché dans le Sud pour arracher des aveux aux membres du Klan, par la contrainte physique. Le film se saisit de cette zone grise historique pour en faire son moteur dramatique.
« Par tous les moyens nécessaires. »
La formule, empruntée à Malcolm X, donne son titre à l’œuvre et résume sa question centrale. Quand la justice officielle démissionne, jusqu’où peut-on descendre pour rendre justice ? Le scénario de Sascha Penn, inspiré d’un script resté des années sur la fameuse Black List d’Hollywood, refuse les réponses confortables. La presse américaine a salué une mise en scène soignée et une partition héritée du cinéma de Spike Lee, tout en pointant un propos parfois appuyé, loin de la sécheresse d’un Mississippi Burning.
Reconstituer le Sud ségrégationniste : la figuration de l’ombre
Voilà le point qui intéresse d’abord un site comme le nôtre. Un film qui ressuscite le Mississippi de 1966 ne tient pas debout sans une foule de visages. Une marche pour les droits civiques, une station-service de campagne, un rassemblement nocturne du Klan, un tribunal bondé de petits notables blancs : chacune de ces scènes exige des dizaines, parfois des centaines de silhouettes et de figurants costumés d’époque.
Tourné en grande partie à Atlanta, en Géorgie, By Any Means a mobilisé cette armée de l’ombre que les cinéphiles oublient toujours au générique. Reconstituer une époque, c’est d’abord habiller des corps : coupes de cheveux, lunettes, uniformes de shérif, robes de coton, chapeaux. La figuration cinéma est le socle invisible de toute reconstitution historique, et un plateau de cette ampleur fait vivre, le temps du tournage, des comédiens de complément, des régisseurs, des costumiers, des maquilleurs.
On l’a constaté récemment avec une fresque française qui a poussé la figuration à son extrême, racontée dans notre article sur Les Misérables de Fred Cavayé et ses 1500 figurants. Un grand décor de reconstitution, c’est une économie entière qui se met en marche. La différence avec By Any Means tient surtout à la géographie : là où une superproduction américaine recrute sa figuration sur le sol où elle tourne, les studios français, eux, savent encore accueillir ces plateaux de mémoire, à condition qu’on leur en donne les moyens.
Le contraste est frappant aussi avec la manière hollywoodienne de penser la distribution. On a vu, dans notre papier sur la façon dont Hollywood confond stars et comédiens, comment une industrie peut sacrifier la justesse d’un casting au poids d’un nom. By Any Means évite ce piège : Bratton a choisi des comédiens, pas des logos, et il a entouré ses deux vedettes d’une galerie de seconds rôles qui tiennent debout seuls.
Du grand écran au salon : pourquoi By Any Means débarque maintenant
La trajectoire du film explique le pic d’intérêt actuel. Sorti aux États-Unis à la fin de l’été par Paramount, le long-métrage d’une heure quarante-sept a connu une carrière en salles honorable avant de basculer vers le marché domestique. Son arrivée en vidéo à la demande, le 20 octobre, a relancé la conversation, notamment en France où le public découvre seulement maintenant le résultat.
Pour le spectateur français, le rendez-vous est double. Il y a le plaisir du thriller, mené tambour battant, et il y a l’écho d’une histoire qui parle de notre présent : l’impunité, la tentation de la violence pour corriger l’injustice, le rôle trouble des institutions. AlloCiné annonce une sortie française prochaine, et le bouche-à-oreille numérique fait déjà son travail.
Pour Figurants.com, l’intérêt dépasse la seule actualité. Derrière chaque reconstitution d’époque, il y a un hors-champ de figuration qui fait exister le passé à l’écran. Un film sur le Mississippi des années soixante a besoin de passants, de manifestants, de badauds, de familles entières. Et ces corps-là, le plus souvent, sortent d’une base de données de figurants, triés par époque, par morphologie, par costume disponible. C’est ce travail invisible qui transforme un plateau en machine à remonter le temps.
Questions fréquentes sur le casting du film By Any Means
Qu’est-ce que le film By Any Means ?
By Any Means est un thriller historique d’une heure quarante-sept réalisé par Elegance Bratton. Tiré d’une histoire vraie, il suit un tueur à gages de la mafia recruté par le FBI pour traquer les assassins de militants des droits civiques dans le Mississippi de 1966.
Qui joue dans By Any Means ?
La distribution réunit Mark Wahlberg dans le rôle du mafieux Greg Scarpa, Yahya Abdul-Mateen II en agent fédéral Wayne Strider, Giancarlo Esposito en militant Vernon Dahmer et Nicole Beharie en Allison Strider. On croise aussi David Strathairn, Josh Lucas et LisaGay Hamilton.
By Any Means est-il tiré d’une histoire vraie ?
Oui. Le film s’inspire d’un épisode réel : l’assassinat du responsable local de la NAACP Vernon Dahmer par le Ku Klux Klan en 1966, et le recours contesté du FBI à un informateur de la mafia pour faire plier les membres du Klan.
Pourquoi By Any Means fait-il débat ?
Parce qu’il pose une question frontale : peut-on combattre la violence raciste par la violence criminelle quand la justice officielle échoue à agir ?
Où voir By Any Means en France ?
Le film, distribué par Paramount, est arrivé en vidéo à la demande le 20 octobre 2026 après sa carrière américaine en salles. AlloCiné annonce une sortie française prochaine.
Reste cette image, au fond, qui dit tout du cinéma de reconstitution : une croix du Klan qui brûle dans un champ de Géorgie en 2025, filmée pour raconter un Mississippi de 1966 qui n’existe plus que dans les archives. Entre les deux, une foule de figurants en costumes d’époque, anonymes, sans qui aucune mémoire ne tiendrait à l’écran. On verra, à sa sortie française, si le pays du cinéma de patrimoine se reconnaît dans ce miroir tendu de l’autre côté de l’Atlantique.
@JOF
BANDE-ANNONCE OFFICIELLE
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