◆ CASTING FIGURANTS.COM

Wild Horse Nine : McDonagh et le sacre des seconds rôles

Malkovich et Rockwell en agents de la CIA sur l’île de Pâques. Le film d’auteur qui remet le comédien de caractère au centre du jeu.

FIGURANTS.COM · 28 OCTOBRE 2026 · CINÉMA

Il aura fallu remonter jusqu’en 1973, sur un caillou perdu du Pacifique, pour retrouver un homme qui dit la vérité sans filtre. Cet homme s’appelle Chris, agent de la CIA en bout de course, et c’est John Malkovich qui lui prête son visage dans Wild Horse Nine, le nouveau film de Martin McDonagh. Deux heures de dialogues ciselés, deux comédiens en état de grâce, pas une seule poursuite en voiture. À rebours de tout ce que Hollywood vend aujourd’hui, le cinéaste des Banshees d’Inisherin signe un huis clos bavard qui débarque dans les salles françaises le 4 novembre.

Présenté en compétition à la Mostra de Venise début septembre, le long-métrage y a décroché la Coupe Volpi du meilleur acteur pour Malkovich et une nomination au Lion d’or pour McDonagh. Sam Rockwell lui donne la réplique, tandis que Steve Buscemi, Tom Waits et Parker Posey complètent une distribution qui ressemble moins à une liste de têtes d’affiche qu’à une réunion de famille. Et c’est précisément là que se niche le vrai sujet : la façon dont McDonagh choisit ses acteurs.

Pourquoi McDonagh ne caste jamais de vraies stars

Regardez la filmographie du réalisateur irlandais. Colin Farrell et Brendan Gleeson deux fois chacun, Sam Rockwell de Bons baisers de Bruges aux Banshees, Frances McDormand sacrée aux Oscars pour Three Billboards. McDonagh ne cherche pas le nom qui remplit les salles, il cherche la voix qui tient la réplique. Son cinéma est d’abord une affaire de théâtre filmé, et au théâtre, c’est le comédien qui commande, pas la vedette.

Ce choix dicte toute sa manière de travailler. Un acteur de caractère, modelé par les planches et les seconds rôles, sait habiter un silence, lancer une vanne sèche puis la laisser mourir, encaisser trois pages de dialogue sans jamais sembler réciter. Une star, elle, porte son image comme une armure et finit par jouer sa propre légende. Pour un film entièrement construit sur la parole, le calcul est vite fait.

Ce nouveau film pousse la logique à son terme. Malkovich et Rockwell y forment un duo d’agents que tout oppose, le vieux briscard sans filtre et le cadet déchiré entre la loyauté à l’agence et l’amitié. Leur ping-pong verbal, c’est du vaudeville armé, un couple à la ville comme à la scène qui se déchire en riant. Aucun des deux n’est une méga-vedette. Tous deux sont des orfèvres.

Malkovich, la gueule qui vaut une Coupe Volpi

Il y a des visages que le cinéma n’use jamais. Celui de John Malkovich, paupières lourdes et diction d’horloger, en fait partie depuis quarante ans. McDonagh lui offre ici le rôle d’une vie tardive : un agent condamné par la maladie qui décide, faute de temps, de ne plus mentir à personne. La vérité comme ultime provocation.

Le jury vénitien ne s’y est pas trompé. En lui remettant la Coupe Volpi, il a couronné moins une performance qu’une présence, cette faculté rare de rendre magnétique un homme assis qui parle. C’est le propre des grands comédiens de caractère : ils n’ont pas besoin d’action, leur simple manière d’occuper un plan fait le spectacle.

Face à lui, Sam Rockwell confirme qu’il est l’un des interprètes les plus sous-estimés de sa génération. Danseur contrarié, cabotin de génie, il apporte au personnage de Lee une nervosité d’écorché qui équilibre la froideur de son aîné. Entre eux passe cette alchimie qui ne se décrète pas et que même le meilleur directeur de casting ne peut que flairer, jamais fabriquer.

Un tournage à l’autre bout du monde

Le film déporte son intrigue sur l’île de Pâques, à la veille du putsch qui renverse Salvador Allende en septembre 1973. Décor minéral, statues de pierre tournées vers l’intérieur des terres, océan partout : McDonagh et son chef opérateur Ben Davis ont misé sur la lumière naturelle et un grain argentique, comme pour arracher le film à l’esthétique lisse des productions actuelles.

Un tel dépaysement a un coût humain. Reconstituer le Chili de 1973 réclame des dizaines de visages, des silhouettes en arrière-plan, des figurants recrutés sur place pour peupler les rues, les aéroports et les postes-frontières. On l’oublie souvent devant un film de dialogues : derrière deux comédiens assis à une table, il y a tout un monde à remplir, et ce monde se construit avec des anonymes.

C’est le versant invisible de chaque production, celui qui précède et prolonge le travail des stars. Avant qu’un figurant ne foule le plateau, des dizaines de décisions de casting ont déjà dessiné le film, et c’est tout le métier que défend la figuration pour le cinéma. La distribution d’un McDonagh commence avec Malkovich, mais elle ne s’achève qu’avec le dernier passant au fond du cadre.

La leçon de casting qui vaut aussi pour le cinéma français

Ce que raconte ce huis clos dépasse largement son île déserte. Il rappelle une vérité que Figurants.com défend depuis vingt ans : au cinéma, la star vend un billet, mais c’est le comédien qui tient le plan. Le cinéma français en sait quelque chose, lui qui bâtit ses plus belles réussites sur des seconds rôles devenus indispensables.

Le principe est le même qu’on recrute un premier rôle à Hollywood ou une silhouette pour un long-métrage tourné à Paris : on ne cherche pas une notoriété, on cherche une justesse. Un casting director passe ses journées à débusquer la gueule qui manquait, le phrasé qui change tout, le figurant dont la seule présence rend une scène crédible. McDonagh ne fait pas autre chose à l’échelle de ses têtes d’affiche.

Les grandes productions qui s’installent actuellement sur le territoire le confirment, qu’il s’agisse des castings britanniques scrutés pour le prochain James Bond ou des reconstitutions patrimoniales comme Le Fantôme de l’Opéra. Partout, la même mécanique : derrière chaque nom en haut de l’affiche, une armée de comédiens et de figurants sans qui l’image n’existerait pas.

Un film à contre-courant, et c’est tant mieux

Dans une saison dominée par les suites de franchises et les univers partagés, un drame de chambre de deux heures porté par deux sexagénaires fait figure d’anomalie salutaire. Pas de super-pouvoirs, pas de fond vert, juste de l’écriture, du jeu et une mise en scène qui laisse respirer les acteurs.

C’est un pari risqué, et c’est aussi ce qui rend le résultat précieux. Le long-métrage parie que le public a encore faim de dialogue, de nuance, d’humour qui prend son temps. Le genre de film qu’on croyait réservé aux festivals et qui, pour une fois, arrive jusqu’aux salles françaises en pleine lumière d’automne.

Reste une question qui court sous tout le film comme sous toute la carrière de McDonagh : qu’est-ce qu’on laisse derrière soi quand le générique tombe. Ses comédiens, eux, ont déjà répondu. Un visage, une voix, une façon de dire la vérité que les décennies n’effacent pas.


Questions fréquentes sur Wild Horse Nine

Quand sort Wild Horse Nine en France ?

Le film sort en salles le 4 novembre 2026, distribué par Searchlight via The Walt Disney Company France, deux jours avant les sorties américaine et britannique prévues le 6 novembre.

Pourquoi Martin McDonagh caste-t-il des comédiens plutôt que des stars ?

Parce que son cinéma repose sur le dialogue et le jeu d’acteur. Il privilégie des interprètes de caractère, souvent fidèles de film en film, capables de porter de longues scènes parlées sans la démonstration qu’exige une tête d’affiche.

Qu’est-ce que la Coupe Volpi remportée par John Malkovich ?

La Coupe Volpi est le prix d’interprétation de la Mostra de Venise. John Malkovich l’a reçue en septembre 2026 pour son rôle d’agent de la CIA en fin de vie dans ce film.

Qui compose la distribution du film ?

John Malkovich et Sam Rockwell tiennent les deux rôles principaux, entourés de Steve Buscemi, Tom Waits, Parker Posey et des comédiens chiliens Mariana di Girolamo, Ailín Salas et Bastián Bodenhöfer.

Où a été tourné Wild Horse Nine ?

L’intrigue se déroule sur l’île de Pâques et au Chili, à la veille du coup d’État de 1973. La reconstitution de cette période a mobilisé des décors soignés et des figurants locaux.


BANDE-ANNONCE OFFICIELLE