Blades of the Guardians critique : Yuen Woo-ping et Jet Li ressuscitent le film de sabre
Le wuxia pian le plus rentable de l’histoire du cinema sort en France. Un octagénaire de génie, deux légendes du kung-fu, et une tempête de sable qui change tout.
Deux guerriers s’affrontent à l’intérieur d’une tempête de sable. Le vent arrache tout. Les épées scintillent dans une brume rouge et ocre, et les corps s’y débattent comme s’ils nageaient à contre-courant d’un fleuve invisible. Cette image n’existait pas au cinema avant Blades of the Guardians. Elle sort de l’imagination d’un homme qui fête ses quatre-vingts ans cette année. Son nom : Yuen Woo-ping.
Quand Blades of the Guardians a installé son drapeau au sommet du box office chinois avec 13 milliards de yuans de recettes internationales, la nouvelle a circulé en murmure dans les salles de rédaction françaises. Le film de sabre, le wuxia pian, était censé appartenir aux années 1990. On l’avait enterré, doucement, au fil des blockbusters à effets numériques et des suites à licence. Et voilà que depuis le désert de Gobi, un octagénaire prouve que le genre n’était pas mort : il attendait simplement un maître.
Yuen Woo-ping à quatre-vingts ans : le cinéaste qui invente encore
On a longtemps réduit Yuen Woo-ping à deux lignes de biographie : le chorégraphe de Matrix, le chorégraphe de Tigre et Dragon. L’Occident retient les références occidentales. Mais pour les amateurs de cinéma hongkongais et chinois, ce nom est une signature, une garantie qui précède une filmographie de plusieurs dizaines d’oeuvres. Iron Monkey, Tai Chi Master, toute la saga Il était une fois en Chine de Tsui Hark : Yuen Woo-ping est partout là où le corps humain devient spectacle pur.
Ce qui distingue ce cinéaste des autres chorégraphes d’action, c’est un principe simple et têtu : à chaque nouveau film, il s’impose de trouver quelque chose que personne n’a encore montré à l’écran. Merej, critique qui l’a découvert en avant-première, résume ce que ce cinéaste représente pour une génération entière :
“À chaque fois qu’il nous offre un nouveau film de kung-fu, il arrive toujours à trouver quelque chose d’original qu’on n’a jamais vu sur un écran.”
Pour Blades of the Guardians, il s’est posé une question précise : qu’est-ce qu’on n’a jamais fait en terme de kung-fu au cinema ? La réponse : faire s’affronter des artistes martiaux à l’intérieur même d’une tempête de sable. Quatre années de préparation. Un budget d’environ 100 millions de dollars. Un tournage en conditions réelles dans les étendues arides de l’ouest chinois, sous une chaleur de plomb, face à de vraies tempêtes. Le résultat est un film tourné à quatre-vingts pourcents en décors naturels, avec des cascades en dur, dans une tradition du practical filmmaking que les grandes productions américaines ont presque abandonnée. On retrouve dans les plateaux de ce type, et dans le recrutement massif de figurants pour les grandes batailles, une façon de travailler la masse humaine que les armées en CGI ne peuvent pas égaler.
Jet Li, Wu Jing et le pari d’un casting de générations
Blades of the Guardians repose sur un pari de casting aussi audacieux que sa mise en scène : mélanger les légendes et les nouvelles stars dans un seul et même film. Wu Jing, qui incarne Daoma, le héros chargé d’une mission d’escorte d’un point A vers un point B, est aujourd’hui la plus grande star d’action de Chine. Chaque film qu’il sort devient un phénomène de masse. Yuen Woo-ping a compris qu’il lui fallait un adversaire digne en termes de charisme. Et c’est là qu’il a fait l’impensable : sortir Jet Li de sa retraite, six ans après Mulan.
Jet Li était malade. Son retrait progressif des plateaux était bien documenté. Le voir revenir devant une caméra, enchaîner les sauts et croiser le sabre avec Wu Jing, est quelque chose que les amateurs de cinema d’action n’attendaient plus. Il joue un rôle de méchant, une vingtaine de minutes à l’écran, mais sa présence change la température du film.
Le reste de la distribution est à l’avenant : Tony Leung Ka-fai, Nicolas Tse (dont on retrouve la fougue de Time and Tide), Zhang Jin, et plusieurs caméos de maîtres. À la toute fin du film, Yuen Woo-ping lui-même apparaît, habillé comme son père à l’époque des premières productions familiales. La scène, légère, dit : “Place aux jeunes.” On l’entend comme un testament et une invitation simultanés. La composition des seconds rôles et des silhouettes dans ces productions est rarement anodine : des centaines, parfois des milliers de figurants peuplent les batailles du désert, et leur présence physique donne aux scènes d’action une densité que le numérique ne reproduit jamais.
Le désert comme arène, le pratique comme manifeste
En tournant dans les étendues arides de l’ouest chinois, Yuen Woo-ping s’inscrit dans une tradition du film d’action sur route que Mad Max : Fury Road a remis au goût du jour : une escorte, une personne à protéger, des clans sans fin lancés aux trousses des protagonistes. Mais là où George Miller avait le chrome et le post-apocalyptique, Yuen Woo-ping a le bronze des sabres et la poussière des dynasties éteintes.
“Tout est palpable. On sent vraiment la moiteur, la chaleur, presque les odeurs, le sable et tout.”
La sensation physique que dégage le film tient à une décision fondamentale : ne pas tricher. Les effets numériques existent, mais ils s’intègrent avec une discrétion que les productions américaines récentes n’ont pas toujours su tenir. La scène du climax avec les flammes est d’une précision et d’une cohérence visuelles rares.
Le morceau de bravoure central, la séquence dans la tempête, intervient à environ une heure de film. “Ils sont à l’intérieur de la tempête, à l’intérieur. Ils s’accrochent avec les épées et tout. Il y a du vent partout.” C’est du kung-fu qu’aucune image de synthèse n’aurait osé simuler, parce que simulé, il n’aurait pas eu cette vérité-là. Cette scène seule justifie le grand écran.
Un wuxia pian sans superpouvoirs : le retour du sabre pur
Blades of the Guardians est adapté d’un manhua (bande dessinée chinoise) très populaire auprès des jeunes lecteurs asiatiques. L’adaptation conserve l’essentiel : une structure de clans, une hiérarchie de guerriers, une géographie du conflit qui emprunte à la féodalité impériale. Mais Yuen Woo-ping a fait un choix radical : supprimer tout ce qui relève du surnaturel. Pas de boules de feu. Pas de pouvoirs. Que des corps, des sabres et de la technique transmise de génération en génération.
C’est le wuxia pian tel qu’il existait avant les années 2000 et leur inflation en CGI. Cette décision redonne au film une clarté absolue : on comprend toujours qui frappe qui, avec quelle arme, pour quelle raison. L’intrigue est certes parfois chargée en personnages secondaires, conséquence de la richesse de la bande dessinée d’origine, mais la trame centrale est solide : Daoma doit escorter la personne la plus recherchée du royaume. Sur la route, chaque clan du pays leur tombe dessus. La forme tient du film de siège en mouvement perpétuel. Pour mesurer la distance parcourue par le cinema d’action depuis une décennie, un film comme Mortal Kombat 2 montre que le public occidental cherche lui aussi vers le corps réel ce que le spectacle numérique ne lui offre plus.
Ce que Blades of the Guardians dit du cinema d’action mondial
Il y a quelque chose qui ne trompe pas dans le succes de Blades of the Guardians : le public a soif de corps réels. De techniques transmises de main en main, de cascadeurs qui savent encaisser et rebondir, de chorégraphies construites dans la durée et non dans le logiciel. Yuen Woo-ping, à quatre-vingts ans, n’est pas un survivant : c’est un phare.
La musique, signée par le compositeur de Tai Chi Master, amplifie ce sentiment de continuité et de renouveau simultanés. Les thèmes s’impriment immédiatement, portés par des cuivres, des choeurs et des envolées lyriques qui naviguent entre tradition et modernité. La photographie est soignée, tendue, jamais complaisante. Et même la question du cantonais, cette langue qu’on n’entend plus dans les productions en mandarin actuelles, fait l’objet d’un regret sincère chez les cinéphiles de la diaspora hongkongaise. Le film est en mandarin. C’est son seul vrai sacrifice à la logique commerciale.
Blades of the Guardians sort en salles françaises. C’est en IMAX, si possible, qu’il faut le voir : Yuen Woo-ping a composé ses cadres pour le grand format, et les batailles du désert ont cette profondeur de champ qu’on ne ressent pleinement que sur un écran de plusieurs dizaines de mètres carrés. Il y a dans Blades of the Guardians la même ferveur que dans les chefs-d’oeuvre du genre des années 1990. Il y a aussi quelque chose d’inédit. Et c’est bien là la marque d’un artiste qui, à quatre-vingts ans, n’a pas encore fini d’inventer.
FAQ : tout savoir sur Blades of the Guardians
Qu’est-ce que Blades of the Guardians ?
Blades of the Guardians est un film de sabre chinois (wuxia pian) réalisé par Yuen Woo-ping, adapté d’un manhua très populaire. Il met en scène Wu Jing dans le rôle d’un escorteur chargé de protéger la personne la plus recherchée du royaume, avec Jet Li dans un rôle de méchant marquant. Le film totalise 13 milliards de yuans de recettes internationales, un record pour le genre.
Pourquoi Jet Li est-il revenu au cinema pour ce film ?
Yuen Woo-ping a convaincu Jet Li de sortir de sa retraite pour incarner l’adversaire principal de Wu Jing : l’un des rares acteurs capables de lui tenir tête en termes de charisme et de technique martiale. Il s’agit de son premier rôle depuis Mulan en 2020, après plusieurs années marquées par des problèmes de santé.
Blades of the Guardians sort-il dans les salles françaises en 2026 ?
Oui, le film sort au cinema en France en 2026. Il a été distribué en Asie avant sa sortie européenne et est déjà disponible en Blu-ray à Hong Kong. La version IMAX est particulièrement recommandée compte tenu du format pour lequel Yuen Woo-ping a conçu ses cadres.
Blades of the Guardians est-il adapté d’un manga ?
Il est adapté d’un manhua (bande dessinée chinoise), très populaire auprès du jeune public asiatique. Le film en conserve la richesse des clans et des factions rivales, tout en simplifiant les enjeux narratifs pour le grand écran. Des scènes post-génériques laissent entendre qu’une suite est prévue.
Quel est le bilan au box office de Blades of the Guardians ?
Le film a atteint 13 milliards de yuans de recettes internationales, un record absolu pour un film de sabre chinois et le wuxia pian le plus rentable de l’histoire du cinema, devant toutes les productions du genre des années 1990 et 2000.
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