◆ CINEMACON 2026
Le trailer fuité au CinemaCon 2026 révèle le retour de Chris Evans, les X-Men, les Fantastic 4 et Robert Downey Jr. en Doom. Décryptage.
« Mark my words, we’re going to need a miracle. » Quand c’est Thor qui prononce cette phrase au milieu d’un trailer que personne n’était censé voir, il parle peut-être du film. Il parle surtout de Marvel.
Le studio a présenté Avengers : Doomsday au CinemaCon 2026 la semaine dernière, et la description détaillée de la bande-annonce a fuité dans les heures qui ont suivi. Le youtubeur américain 3C Films a été l’un des premiers à la compiler, et la lecture de cette description donne le vertige. Pas tant par ce que le film promet, que par la liste des visages que Marvel remet sur le plateau pour essayer de sauver ses affiches. Le casting d’Avengers Doomsday ressemble à un sauvetage industriel camouflé en grand retour.
Robert Downey Jr. reprend du service, pas en Iron Man mais en Victor Von Doom. Chris Evans apparaît en toute fin de trailer, barbu, cheveux longs, pour reprendre Mjolnir des mains d’un Thor sidéré. Chris Hemsworth, Cyclope menant les X-Men contre des Sentinels, les Quatre Fantastiques qui croisent les Wakandais, Gambit qui affronte Shang-Chi, Yelena contre Mystique. Les frères Russo à la mise en scène. Sortie prévue en décembre 2026. Une machine de guerre, oui. Mais aussi un aveu.
Marvel a passé trois ans à chercher comment rattraper la dérive post-Endgame. Les séries Disney+ ont dilué la marque, les films intermédiaires ont fatigué le public, et la saga des Multivers s’est empêtrée dans sa propre complexité. Le CinemaCon 2026 n’est pas l’endroit où un studio annonce sobrement sa nouvelle direction. C’est l’endroit où il vend des promesses à une salle remplie d’exploitants. Et ce que les frères Russo sont allés vendre, c’est du nom.
Robert Downey Jr. en Doom est une idée de casting franchement audacieuse. On peut la défendre comme une relecture brillante — le même acteur qui a porté Iron Man devient désormais son miroir négatif, dans un autre univers, sous un masque. On peut aussi y voir ce que la salle, elle, a immédiatement compris : Marvel n’avait pas confiance dans un nouveau visage pour reprendre le flambeau de grand méchant. Il fallait du bankable. Du garanti. Une tête qu’un distributeur regarde et qu’il signe sans lire le scénario.
L’arrivée de Chris Evans en fin de trailer relève de la même logique, poussée encore d’un cran. Selon la description fuitée :
« Steve Rogers, with long hair and a beard, leaves Thor in disbelief. He raises his hand pulling Mjolnir from Thor and catching it with a grin. »
Un retour chuchoté depuis des mois, confirmé visuellement dans la dernière séquence du trailer. L’émotion que ça doit produire en salle, personne ne la nie. Le signal envoyé à l’industrie, lui, est un peu plus cru. Marvel ne fait plus le pari d’un nouveau Captain America. Marvel rappelle l’ancien.

Robert Downey Jr., Chris Evans et les frères Russo sur scène au CinemaCon 2026. — Press kit / Marvel Studios
Le reste de la description fait l’effet d’une liste de Pokémon à collectionner. On croise, dans l’ordre ou presque, les Fantastic 4, Bucky, Ant-Man, Sam Wilson dans son costume de Captain America, Cyclope et les X-Men, Gambit, Shang-Chi, les Wakandais, Yelena, Mystique. Thor tient le monologue central — « I have fought with many warriors in my time. They were far stronger than any of us combined, and they died » — et les frères Russo tentent clairement de faire ce que les studios américains n’osent plus faire depuis longtemps : un film choral où chaque figure a droit à son plan.
Chris, l’animateur de 3C Films, résume bien la réaction du public cinéphile :
« They’re really selling Thor’s fear and his leadership. »
C’est exactement ça. Le film ne vend pas une aventure. Il vend la peur du personnage le plus mythologique de la franchise, et il l’utilise pour légitimer l’existence d’un casting qu’aucun scénario ne pourrait justifier autrement.
Vu depuis Paris et depuis le métier de la figuration, il y a quelque chose de presque vertigineux dans cette accumulation. Un tournage Marvel de cette envergure, c’est des centaines de comédiens de second rôle, des milliers de journées de silhouette et de figuration sur plusieurs semaines de plateau à Atlanta, à Londres et probablement à Prague. Les bureaux de casting internationaux s’arrachent ce genre de projet pour les cachets groupés et les reports d’emploi qu’ils génèrent. Les comédiens français qui souhaitent tenter leur chance peuvent consulter nos conseils sur la figuration professionnelle avant d’envisager des auditions internationales.
Il y a un détail, dans la vidéo de 3C Films, qui devrait intéresser tout le monde. Disney a annoncé au CinemaCon une certification maison baptisée « Infinity Vision ». Officiellement, c’est un label de qualité pour les salles premium : grand écran, projection plus lumineuse, son immersif. Rien d’absolument nouveau. Avengers Doomsday ne pourra pas bénéficier des écrans IMAX, réservés par contrat exclusif à Doom 3, et Disney ne voulait pas arriver en décembre avec un film blockbuster privé de son format premium.
Chris, 3C Films :
« They’ve created this made-up certificate, Infinity Vision, and now they will certify theaters that already exist, are already out there in your local area. »
Traduction : on habille une certification commerciale en label cinéphile. Le spectateur paiera probablement deux à trois dollars de plus le ticket parce que la salle aura été certifiée, sans qu’aucun écran, aucun projecteur, aucun système audio n’ait été remplacé.
Ce détail, qui pourrait sembler anecdotique, raconte le même film que le casting. Un studio qui a besoin de produire de la valeur perçue parce qu’il n’est plus sûr d’en produire de la réelle. Casting mastodonte en façade, certification marketing dans les salles. Le produit est construit pour donner l’impression de l’événement.
Marvel n’est pas le cinéma français. Les règles, les budgets, les modes de production n’ont rien à voir. Mais la logique qui organise le casting d’Avengers Doomsday, elle, est universelle. C’est la logique du coup. Du nom qui rassure le financeur, de l’affiche qui existe avant le scénario, de la star qui vaut plus que la vision du réalisateur. Les comédiens et comédiennes inscrit·es sur Figurants.com croisent cette logique tous les jours à une autre échelle, sur les tournages français et européens. Ils savent que dans un film bien pensé, chaque silhouette compte. Ils savent aussi que dans un film produit à partir d’une liste de noms, les silhouettes ne sont plus que du remplissage.
Le retour de Chris Evans va faire pleurer les salles. Le Doom de Robert Downey Jr. va générer des mèmes pendant six mois. Les frères Russo livreront probablement un film efficace, et Avengers Doomsday fera un milliard. Reste à savoir ce qu’il restera, après le weekend d’ouverture, d’un cinéma qui sait encore fabriquer des événements mais qui hésite de plus en plus à prendre le risque d’un visage neuf. Le même constat était au centre de notre précédente analyse : Pierre Niney en Gourou, quand le casting français perd la tête.
Avengers Doomsday est le prochain grand film Marvel Studios, réalisé par les frères Russo, prévu pour décembre 2026. Il réunit les Avengers originaux, les X-Men et les Fantastic 4 face à Victor Von Doom, interprété par Robert Downey Jr. La bande-annonce a été présentée en avant-première au CinemaCon 2026 de Las Vegas.
Robert Downey Jr. incarne Victor Von Doom dans Avengers Doomsday. L’acteur, qui avait été l’emblème du Marvel Cinematic Universe dans le rôle d’Iron Man pendant plus de dix ans, reprend du service en antagoniste principal, avec un léger accent et un masque qui reste en place dans la plupart des scènes du trailer. Les frères Russo ont présenté ce choix comme une réponse directe à Thanos.
Parce que Marvel avait besoin de sécuriser un blockbuster après trois années difficiles. Accumuler Robert Downey Jr., Chris Evans, Chris Hemsworth, les X-Men, les Fantastic 4 et Yelena dans un seul film, c’est garantir l’affiche. C’est aussi l’aveu d’un studio qui ne mise plus sur des visages neufs pour porter sa marque.
Chris Evans apparaît dans les toutes dernières secondes du trailer, barbu et cheveux longs, à bord du vaisseau des Fantastic 4. Il tend la main, appelle Mjolnir depuis Thor qui reste sidéré, et attrape le marteau avec un sourire. La scène a provoqué une ovation en salle selon les témoignages d’exploitants présents au CinemaCon.
Le film est attendu en décembre 2026 dans les salles internationales. Disney a également confirmé la ressortie au cinéma d’Avengers : Endgame quelques semaines avant la sortie de Doomsday, avec des scènes coupées et des ajouts exclusifs pour préparer le public.
Le miracle que Thor évoque dans son monologue, Marvel l’a probablement déjà trouvé. Il s’appelle RDJ, Chris Evans, Hemsworth, Pedro Pascal et une douzaine de visages que le public reconnaît de loin. La question, pour les années qui viennent, c’est de savoir si un studio peut encore construire un cinéma qui ne repose pas entièrement là-dessus. Quelqu’un, quelque part, devra un jour parier à nouveau sur une inconnue.