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Casting du film Moulin : Gilles Lellouche face à Klaus Barbie

Drame historique de László Nemes, Moulin arrive en salles le 28 octobre 2026. Derrière le plus français des héros, un hors-champ de figuration recréé à Budapest.

FIGURANTS.COM · 21 OCTOBRE 2026 · CINÉMA

Une rue de Lyon, hiver 1943. Des soldats en uniforme de la Wehrmacht patrouillent le long des façades, une file d’habitants attend devant une porte cochère, un drapeau à croix gammée pend à un balcon. Sauf que cette rue n’est pas à Lyon. Elle a été bâtie à Budapest, à mille kilomètres de là, et les figurants qui jouent les passants et les occupants parlent hongrois entre deux prises.

C’est tout le paradoxe du casting du film Moulin, le nouveau long-métrage de László Nemes qui arrive en salles le 28 octobre 2026. On y suit le plus français des héros, Jean Moulin, incarné par Gilles Lellouche, dans une histoire reconstituée loin du sol où elle s’est jouée. Le cinéaste hongrois, oscarisé pour Le Fils de Saul, signe là son premier film en langue française, et il le fait en recréant la France occupée dans les studios de son pays.

Gilles Lellouche, un Jean Moulin de chair

Pour tenir le rôle-titre, László Nemes a choisi un acteur au sommet. Après le triomphe de L’Amour ouf, Gilles Lellouche aurait pu enchaîner les comédies populaires. Il a préféré se glisser dans la peau d’un homme qui se tait sous la torture.

« C’est mon rôle le plus complexe. »
Gilles Lellouche, 20 heures de TF1, octobre 2026

Le comédien ne joue pas une statue de bronze. Nemes le filme en homme traqué, un corps qui se cabre, un regard qui tient bon quand tout le reste cède. Lellouche lui-même résume le projet d’une formule : moins un biopic classique qu’une traque suivie d’un face-à-face. Le film ne déroule pas une vie, il resserre l’étau sur quelques jours de juin 1943, ceux où le chef de l’Armée secrète bascule de la clandestinité à la cellule.

Ce parti pris change tout pour la distribution. Pas de galerie de figures historiques défilant en costumes d’époque, mais une poignée d’acteurs enfermés dans un huis clos qui ne respire presque jamais. Le casting du film Moulin se lit comme un duel, et il fallait un premier rôle capable de porter le silence autant que les mots.

Lars Eidinger en Barbie, et un quatuor sous tension

En face de Lellouche, Nemes a placé Lars Eidinger. L’acteur allemand, vu chez Olivier Assayas et dans d’innombrables scènes berlinoises, hérite du rôle de Klaus Barbie, le chef de la Gestapo lyonnaise que l’on surnommera le boucher de Lyon. Le choix est juste : Eidinger excelle dans les personnages dont la courtoisie glace plus encore que la brutalité. Son Barbie manipule avant de frapper, et c’est dans cet écart que le film trouve son effroi.

Autour de ce face-à-face, la distribution resserre ses rangs. Louise Bourgoin incarne la comtesse de Forez, Félix Lefebvre, révélé par Été 85, joue Martin, un jeune résistant, et le Polonais Marcin Czarnik campe Raymond Aubrac. On croise encore Pierre Nisse, Christian Harting, Théo Costa-Marini et Izabella Caussanel dans les rôles qui gravitent autour de la prison de Montluc. Derrière la caméra, Nemes retrouve son chef opérateur Mátyás Erdély, fidèle du Fils de Saul, qui a tourné en pellicule 35 mm.

Le scénario, écrit par Olivier Demangel, auteur de la série Baron noir et du film Novembre, assume un format court et nerveux : cent trente minutes, pas une de plus. Studio TF1 distribue, Alain Goldman produit, et le film s’offre une ambition internationale, préacheté par Disney+ et HBO Max pour l’étranger.

Lyon recréée à Budapest : le paradoxe de la figuration

Voilà le point qui intéresse d’abord un site comme le nôtre. László Nemes voulait tourner à Lyon, sur les lieux mêmes de l’arrestation et des interrogatoires. Il a visité la prison de Montluc pour s’en imprégner. Mais la ville d’aujourd’hui, rénovée, débarrassée de ses stigmates, ne pouvait plus offrir les décors de 1943. L’ancien quartier général de la Gestapo, les rues, les intérieurs : tout a été rebâti à Budapest.

Pour un film de cette ampleur, cela signifie des foules à peupler. Une rafle, une file d’attente devant un commissariat, une gare bondée, une place où défile l’occupant : rien de tout cela n’existe sans une armée de silhouettes et de figurants. Sur Moulin, ces visages anonymes ont été recrutés en Hongrie, pas en France. Les uniformes allemands, les passants apeurés, les résistants de l’ombre qui traversent un plan sans dire un mot, tous ont été joués par des comédiens de la figuration locale.

On touche là une réalité économique que les cinéphiles oublient souvent. Un tournage, ce sont des hôtels remplis, des techniciens employés, et des centaines de figurants rémunérés. Quand une superproduction sur la Résistance française part se fabriquer à l’étranger, c’est un pan entier de cet écosystème qui échappe au territoire. La figuration cinéma vit de ces grands décors de reconstitution, et la France en abrite encore beaucoup, à condition de savoir les accueillir.

Le contraste est frappant avec d’autres fresques récentes tournées, elles, sur le sol français. On l’a vu avec la relecture du roman de Victor Hugo et son recours massif aux silhouettes, raconté dans notre article sur Les Misérables de Fred Cavayé et ses 1500 figurants. Là où un film choisit la France, la figuration locale travaille. Là où il choisit Budapest, elle regarde passer le train. Moulin n’est pas un cas isolé, il est le symptôme d’une concurrence entre pays pour attirer les gros plateaux, à coups de crédits d’impôt et de studios disponibles.

De Cannes au 28 octobre : pourquoi Moulin arrive maintenant

La trajectoire du film est celle d’un objet de prestige. Présenté en compétition officielle au 79e Festival de Cannes le 17 mai 2026, Moulin visait la Palme d’or et a divisé autant qu’il a marqué. La presse internationale a salué une mise en scène d’une intensité claustrophobe, dans la lignée du Fils de Saul, tout en débattant du bien-fondé de traiter une figure aussi sacrée par le seul prisme de l’enfermement.

En sortant le film le 28 octobre, Studio TF1 vise cette fenêtre d’automne où le public français retourne vers les œuvres adultes et les sujets de mémoire. La date n’est pas neutre : on approche des commémorations, et le nom de Jean Moulin résonne dans les programmes scolaires comme dans l’actualité du Panthéon. Le pari commercial consiste à transformer un film de festival, exigeant, en rendez-vous populaire. On le constatait déjà avec les grands plateaux français décryptés dans notre papier sur le casting du prochain Astérix de Jonathan Cohen.

Pour Figurants.com, l’arrivée de Moulin rappelle une évidence de métier. Derrière chaque reconstitution historique, il y a un hors-champ de figuration qui fait exister l’Histoire à l’écran. Un film de résistance a besoin de résistants, de badauds, d’occupants. Et ces corps-là, le plus souvent, sortent d’une base de données de figurants, en France quand la France sait les garder.

Questions fréquentes sur le casting du film Moulin

Qu’est-ce que le film Moulin de László Nemes ?

Un drame historique de 130 minutes réalisé par László Nemes, son premier film en langue française. Il resserre le récit sur l’arrestation de Jean Moulin en juin 1943, alors qu’il tente d’unifier les groupes de l’Armée secrète, puis sur son interrogatoire par Klaus Barbie, chef de la Gestapo à Lyon.

Qui compose le casting du film Moulin ?

Gilles Lellouche dans le rôle de Jean Moulin, Lars Eidinger en Klaus Barbie, Louise Bourgoin en comtesse de Forez, Félix Lefebvre en jeune résistant Martin et Marcin Czarnik en Raymond Aubrac. L’image est signée Mátyás Erdély, le scénario Olivier Demangel.

Où a été tourné Moulin ?

Principalement en Hongrie, à Budapest, où la production a reconstitué le Lyon de l’Occupation et l’ancien quartier général de la Gestapo. Le réalisateur avait visité la prison de Montluc à Lyon, mais la ville actuelle ne permettait plus de retrouver les décors de 1943.

Pourquoi Moulin fait-il autant parler avant sa sortie ?

Parce qu’il marque le premier long-métrage en français de László Nemes, oscarisé pour Le Fils de Saul, et qu’il a concouru pour la Palme d’or à Cannes en mai 2026. Un cinéaste étranger qui filme l’icône de la Résistance française, cela ne pouvait que faire débat.

Quand sort Moulin au cinéma en France ?

Le 28 octobre 2026, distribué par Studio TF1, après sa présentation en compétition au Festival de Cannes le 17 mai 2026.

Reste cette image, au fond, qui résume tout : une rue de Lyon rebâtie à Budapest, des figurants hongrois en uniforme allemand, et le visage d’un acteur français qui refuse de parler. Nemes a fabriqué la France loin de la France, pour mieux nous la rendre. On verra, dès mercredi, si le pays se reconnaît dans ce miroir tenu à distance.

@JOF

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