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Casting Star Trek 60 ans : le génie de Roddenberry qui réinventa la série de science-fiction

ANNIVERSAIRE • CASTING

Casting Star Trek 60 ans : le génie de Roddenberry qui réinventa la série de science-fiction

60 ans après sa première diffusion, Star Trek reste la référence absolue du casting de série SF. Une rétrospective RedLetterMedia vue plus d’un million de fois en trois jours rouvre le dossier.

FIGURANTS.COM  •  8 SEPTEMBRE 2026  •  CINÉMA

Ce soir-là, à une réception de la NASA en 1967, Martin Luther King Jr. reconnut Nichelle Nichols dans la salle et s’approcha d’elle. Il voulait lui dire une seule chose : ne quittez pas Star Trek. Jamais. Parce que ce qu’elle incarnait chaque semaine sur CBS n’était pas un rôle. C’était une preuve.

Soixante ans après la première diffusion de Star Trek — le 8 septembre 1966, exactement aujourd’hui — une vidéo rétrospective de RedLetterMedia dépasse le million de vues en soixante-douze heures. Rich Evans et Mike Stoklasa, deux des critiques les plus respectés du web anglophone, consacrent deux heures à dissequer la première saison de Star Trek : The Original Series comme on autopsie une oeuvre fondatrice. Ce que leur analyse révèle sur le casting de la série est aussi fascinant que dérangeant.

Un casting révolutionnaire… qui ne l’était pas vraiment au départ

La légende de Star Trek repose en partie sur l’idée que Gene Roddenberry aurait, dès l’origine, imaginé un équipage multiethnique comme déclaration politique. Les critiques de RedLetterMedia douchent cette mythologie avec une précision chirurgicale.

“Star Trek is always lauded for its, you know, diverse cast. And it’s all white dudes.”

Cette phrase résume tout. Le premier pilote de la série, intitulé The Cage et tourné en 1964, présente un équipage composé presque exclusivement d’hommes blancs. Jeffrey Hunter y incarne le Capitaine Christopher Pike. Majel Barrett y joue le Numéro Un, la première officier — un personnage féminin en position de commandement que NBC refusera immédiatement. Spock est là, mais il crie constamment, parce que personne ne sait encore vraiment comment jouer un Vulcain.

“They didn’t quite understand what to do with Vulcans yet. They just knew they wanted an alien on the ship. So you just take a guy and they gave him ears.”

NBC rejette The Cage pour une autre raison encore : la série est trop cérébrale, pas assez spectaculaire. Le réseau demande un second pilote, cette fois avec plus d’action. C’est dans cette deuxième version que tout bascule : Jeffrey Hunter est remplacé par William Shatner, le personnage de Pike devient Kirk, et le plateau est entièrement refondu.

Le second pilote, ou comment NBC a inventé la diversité de Star Trek

C’est ici que l’histoire devient plus complexe que la légende. La diversité iconique de l’Enterprise — George Takei (Hikaru Sulu), Nichelle Nichols (Lieutenant Uhura), Walter Koenig (Pavel Chekov) — n’est pas uniquement le fruit d’une vision politique solitaire de Roddenberry. Elle est, au moins en partie, une réponse aux exigences du réseau et aux réalités commerciales des années 1960.

“So then they add, you know, a Japanese man, black woman, there’s black men, just a more diverse cast. And that wasn’t in his original vision.”

Ce détail ne diminue pas ce que Star Trek a accompli. Il le rend, si possible, encore plus vertigineux. Parce que Roddenberry, quelle que soit la genèse de ce plateau, a su prendre ces contraintes commerciales et les transformer en quelque chose de profondément humain. Nichelle Nichols, recrutée via les canaux habituels du casting hollywoodien, aurait dû être un rôle secondaire de plus. Elle est devenue un symbole.

Pour ceux qui s’interrogent sur les rouages du casting de figuration au cinéma, cette histoire illustre une vérité constante : le rôle écrit et le rôle interprété ne sont jamais exactement le même objet.

L’énigme William Shatner, ou la fragilité d’un chef-d’oeuvre

Les présentateurs de RedLetterMedia posent la question qui dérange : et si William Shatner n’avait jamais été engagé ? Jeffrey Hunter avait sa propre élégance dans le rôle de Pike. The Cage est aujourd’hui reconnu comme un excellent épisode de science-fiction, plus ambitieux et moins enfantin que ce qu’est devenu Star Trek par la suite. Mais Hunter n’a pas poursuivi l’aventure. Shatner débarque donc dans Where No Man Has Gone Before avec une énergie radicalement différente. Plus théâtral, plus physique, moins contemplatif.

La substitution aurait pu couler la série. Elle l’a sauvée. Parce que Shatner, avec ses excès de jeu qui ont alimenté des décennies de parodies, apportait quelque chose qu’aucun autre acteur de l’époque n’aurait pu offrir : une présence tellement assumée qu’elle aspirait le regard et ne le lâchait plus. La lecon est dure à entendre pour les directeurs de distribution : parfois, le meilleur acteur pour un rôle n’est pas celui qu’on attendait.

Leonard Nimoy, l’accident qui est devenu une icône

Spock est peut-être la plus improbable des réussites de plateau de la série. Conu comme un personnage alien vaguement effrayant — littéralement, “they gave him ears” — il devient entre les mains de Leonard Nimoy l’un des personnages les plus riches et les plus aimés de la fiction télévisée mondiale. Nimoy n’était pas le choix évident : acteur de second plan, sans expérience significative dans la science-fiction. Mais il apporte au Vulcain quelque chose que le script n’avait pas prévu : une intériorité. Une mélancolie. Une dignité qui transcendait les oreilles pointues.

Ce que Nimoy a compris, et que tous les acteurs engagés dans des rôles non-humains gagneraient à méditer, c’est que le costume est une contrainte qui libère. Les oreilles de Spock concentrent le jeu sur les yeux, la voix, la posture. Nimoy en a tiré une performance d’une précision horlogère. Retrouvez dans nos actualités cinéma d’autres analyses sur les grands castings de séries qui ont faconé leur époque.

Ce que Star Trek 60 ans après nous enseigne encore sur la sélection d’acteurs

La rétrospective de RedLetterMedia, vue plus d’un million de fois en trois jours, ne ressemble à aucun autre hommage de l’anniversaire. Elle revient sur les épisodes faibles, les décisions de production discutables, les sets en carton-pâte que la série elle-même semblait assumer. Les présentateurs corrigent soixante ans de clichés : “Kirk’s reputation as a womanizer has been greatly exaggerated. And I’m guilty. I’ve made those jokes myself.”

Star Trek n’est pas grand parce que son plateau était parfait dès le départ. Il est grand parce que des acteurs imparfaitement choisis, sur des scripts inégaux, avec des budgets ridicules, ont produit quelque chose de plus grand que la somme de leurs défauts. Pour un aspirant comédien, pour un figurant qui se demande ce que signifie tenir un rôle même petit, pour un directeur de distribution qui doute de ses intuitions : regarder la première saison de Star Trek en 2026, soixante ans après, c’est recevoir une lecon de cinéma que les écoles ne dispensent pas.

Découvrez également notre analyse du casting du film Onslaught 2026, autre exemple d’un plateau construit à contre-courant des attentes.

Questions fréquentes

Pourquoi le casting de Star Trek original est considéré révolutionnaire ?

En 1966, Gene Roddenberry réunit sur le pont de l’Enterprise une femme noire, un Japonais-Américain, un Russo-Américain et un demi-alien fictif. Aucune série américaine n’avait jamais assemblé un tel plateau multiculturel en position de commandement. Ce choix d’acteurs a redefini ce que la télévision pouvait représenter, à un moment où les États-Unis vivaient encore dans la ségrégation légale dans plusieurs États du Sud.

Qu’est-ce que le pilote The Cage de Star Trek ?

The Cage est le premier pilote de Star Trek, tourné en 1964-1965, avec Jeffrey Hunter dans le rôle du Capitaine Christopher Pike. NBC l’a rejeté, le jugeant trop cérébral. Un second pilote a ensuite été produit avec William Shatner en Capitaine Kirk, persuadant le réseau de commander la série complète — une décision rarissime dans l’histoire de la télévision américaine.

Qui a joué Lieutenant Uhura dans Star Trek original ?

Nichelle Nichols a incarné le Lieutenant Uhura de 1966 à 1969. Elle fut l’une des premières femmes noires en position de commandement dans une série américaine grand public. Martin Luther King Jr. l’a personnellement incitée à conserver ce rôle lorsqu’elle envisageait de quitter la production pour retourner au théâtre.

Pourquoi William Shatner a-t-il été choisi à la place de Jeffrey Hunter ?

Jeffrey Hunter avait joué le Capitaine Pike dans le pilote The Cage, rejeté par NBC. Pour le second pilote, Roddenberry a profondément remanié le personnage principal sous le nom de Capitaine Kirk. Shatner, dont le jeu physique et extraverti tranchait avec la sobriété de Hunter, a séduit le réseau qui cherchait un héros d’action. Les deux acteurs représentent deux philosophies de direction d’acteurs radicalement différentes.

Comment Star Trek a-t-il influencé la sélection d’acteurs dans les séries de science-fiction ?

Le modèle d’ensemble cast diversifié inauguré par Star Trek en 1966 est devenu la norme des grandes séries SF. De Battlestar Galactica à The Expanse, de Firefly à Andor, chaque grand opéra spatial reprend cette architecture de plateau : personnages complémentaires dans leurs compétences, représentations variées des origines et des genres, hiérarchie fondée sur la valeur individuelle plutôt que sur la race ou le sexe.