L’histoire de la figuration : Des figurants sur un plateau (partie 2)

Les figurants sont recrutés dès les débuts du cinéma : Ils jouent des scénettes, aux côtés des premiers acteurs et actrices, dans des courts métrages, où la mise en scène est encore balbutiante. Ils sont aussi employés, dans les premiers films d’actualités.

Des événements historiques n’ayant pu être filmés à l’époque, comme l’affaire Dreyfus (1894-1906) ou la Révolution russe de 1905, sont reconstitués dans le bois de Vincennes ou dans les studios de Georges Méliès, en mimant l’action, dans des décors rudimentaires.

Sur le plateau, les figurants sont supervisés par un assistant-réalisateur, qui leur donne les indications à suivre pour jouer la scène. Ainsi, l’attention aux détails est valable aussi pour un figurant, pas seulement pour les comédiens ou les techniciens.

Lors du tournage de « Spartacus » (1960) de Stanley Kubrick, dans les mythiques studios de Cinecitta, un figurant avait oublié d’enlever sa montre, lors du tournage d’une scène se déroulant donc dans l’Antiquité.

Si les figurants apparaissent brièvement dans un film, leur travail peut être particulièrement ardu.

Ainsi, dans « L’arche russe » (2002) d’Alexandre Sokourov, il a fallu des mois de répétition aux 850 acteurs et 1 000 figurants pour raconter l’Histoire de la Russie en un seul plan-séquence de 96 minutes tourné, dans le musée de l’Ermitage ; à Saint-Pétersbourg. Il a fallu une caméra numérique enregistrant les images sur un disque dur pour réussir cet exploit cinématographique, sachant que les bobines de pellicule 35 mm ne duraient que 11 minutes.

Désormais, les effets numériques permettent de reproduire des scènes de foule en filmant quelques centaines de figurants, qui sont ensuite dupliquées, comme dans « Titanic » (1997) de James Cameron.

Dans la scène d’ouverture de « World War Z » (2013) de Marc Foster, des figurants virtuels ont été conçus, à l’aide du logiciel « Massive », déjà utilisé pour « Le seigneur des anneaux », pour reconstituer ce mouvement de foule plongée dans une panique indescriptible.

Ces personnages ont ensuite été incrustés, dans l’image du film, avec Brad Pitt, au cœur de l’action. La difficulté était de calculer le comportement et la trajectoire de chaque individu, dans l’animation.

L’ingénieur Craig Reynolds a défini, en 1986, le modèle informatique permettant la création de ce genre de scène.

Chaque figurant de synthèse est doté d’une intelligence artificielle lui permettant de réagir à son environnement de manière autonome, sans avoir besoin de définir son comportement à l’avance. Le réalisateur du film fixe la dynamique de la foule, mais les figurants artificiels décident de leurs actions, en respectant simplement les lois de la physique, comme la gravité, ainsi que les règles comportementales propres à ….un habitant paniqué…. ou un zombie, des principes de base programmés dans le logiciel. Les programmeurs découvrent ce qu’ont fait leurs figurants informatiques qu’en visionnant l’animation.

L’innovation, dans ce domaine, vient aussi de chez nous ! Cocorico :  C’est le logiciel français « Golaem », qui a permis de concevoir les foules de foule pour la série « Game of thrones » ou encore « Astérix et Obélix : Au service de sa majesté » (2012) de Laurent Tirard.

@F.ribaudo