Other Mommy : Jessica Chastain face à son double maléfique
Le nouveau cauchemar signé Rob Savage et Blumhouse mise tout sur une actrice au sommet et un monstre sorti d’un placard. Décryptage d’un pari de casting.
Une femme repliée sous une table de cuisine, les membres noués comme une araignée cassée, le visage tendu vers l’objectif. L’image a tourné en boucle tout l’été, partagée des millions de fois avant même que quiconque ait vu un seul plan de contexte. Elle résume à elle seule le pari d’Other Mommy. Jessica Chastain y campe une mère de famille et la créature qui lui a volé son visage, un sosie surgi du placard d’une enfant de huit ans. Sorti le 9 octobre aux États-Unis, le long-métrage de Rob Savage arrive précédé d’une rumeur tenace : aucun critique n’a pu le voir avant sa sortie. Un silence qui, dans l’industrie du cinéma, ne trompe plus grand monde.
Le monstre sort du placard, et personne ne crie à l’imposteur
Il y a une mécanique que tout cinéphile connaît par cœur. Un enfant voit la chose. La poupée, le fantôme dans le placard, le monstre sous le lit. Et l’on passe les deux tiers du film à le regarder supplier des adultes incrédules. Cette attente, ce refus de croire, use la patience autant qu’elle étire le suspense.
Other Mommy casse le moule dès la première scène. Le plan viral de la bande-annonce, celui du corps contorsionné sous la table, ouvre le récit. Les parents comprennent tout de suite que leur fille ne ment pas. La question n’est plus de savoir si la créature existe, mais quoi faire d’elle. Appeler la police ? Et raconter quoi, qu’un clone métamorphe de votre épouse rôde dans le salon ? Le scénario, signé Nathan Elston, assume cette impasse avec un réalisme bienvenu. Pour une fois, le doute change de camp, et le récit y gagne une tension domestique rare.
Jessica Chastain, mère et sosie : le vrai sujet de casting
Distribuer Jessica Chastain dans un double rôle, voilà la décision qui structure tout le reste. Une seule comédienne, deux présences. La mère qui s’inquiète, et l’entité qui porte ses traits en les faussant d’un degré. Le malaise ne vient pas d’un trucage numérique spectaculaire, mais d’un corps familier légèrement déréglé.
L’actrice connaît le terrain. On l’a vue dans l’horreur gothique de Crimson Peak, dans le conte noir de Mama, dans la seconde partie de Ça. Elle sait que le genre ne pardonne pas l’à-peu-près. Ici, elle tient les deux bouts : la fatigue d’une mère débordée, puis le sourire trop large de celle qui n’en est pas une. C’est exactement pour cela qu’on engage une interprète de ce calibre. L’autre maman fait peur parce qu’elle est presque juste.
Face à elle, une inconnue : Arabella Olivia Clark, huit ans, porte le film sur ses épaules. Autour, Jay Duplass campe le père, tandis que Dichen Lachman et la vétérane Karen Allen complètent une distribution resserrée. Un casting de chambre, pas une fresque, où chaque comédien doit exister dans un cadre étroit, souvent en gros plan. C’est là que se jugent les vrais acteurs.
Rob Savage et l’école Blumhouse : une peur toutes les deux minutes
Rob Savage s’est fait un nom pendant le confinement avec Host, cauchemar tourné en visioconférence, puis avec The Boogeyman, déjà une histoire de monstre tapi dans une chambre d’enfant. Le réalisateur britannique travaille vite, cadre serré, et pense ses films comme des trains fantômes. Il l’a dit lui-même à propos du film :
« Une peur toutes les deux minutes. »
Et le compte y est. Produit par Blumhouse avec l’Atomic Monster de James Wan et le label Spin a Black Yarn, distribué par Universal, le projet applique la recette maison : petit budget, grand rendement, un concept qui tient sur une affiche. Savage soigne quelques séquences qui sortent du lot. Un salon retourné à l’envers où flottent des ballons. Une aire de jeux avec piscine à balles transformée en piège. L’entité qui enfle puis rétrécit, jouant des échelles et des transitions. Le réalisateur a un œil, une grammaire visuelle. Le reste du métrage, plus brouillon dans son montage, ne suit pas toujours cette ligne.
Derrière le concept se cache un livre. Incidents Around the House, publié en 2024 par Josh Malerman, appartenait à cette vague de romans d’horreur domestique que les studios dévorent depuis le triomphe de Bird Box, déjà signé par le même auteur. Adapter une voix littéraire aussi intérieure, racontée du point de vue d’une enfant, relève du pari pour un cinéaste habitué aux chocs frontaux. Le passage de la page à l’écran gomme une partie de l’ambiguïté du texte, où l’on ne savait jamais vraiment si la créature existait ou si l’enfant la rêvait.
Ce que la maison hantée dit du métier de figurant
Une horreur domestique comme celle-ci ne réclame pas de foule. Pas de scène de bataille, peu de silhouettes à l’arrière-plan. Et pourtant, le genre reste une véritable école technique. La doublure, le raccord, la lumière qui change d’un plan à l’autre, la figuration de proximité dans une scène de fête ou de voisinage : tout cela se prépare en amont, sur le plateau, loin des projecteurs braqués sur la tête d’affiche.
Le cinéma de peur a toujours fait travailler les seconds rôles et les comédiens de l’ombre. En France, tourner avec un enfant impose un cadre strict, des autorisations, des horaires encadrés, un plateau pensé pour l’actrice mineure. C’est la part invisible du métier, celle que le public ne voit jamais mais sans laquelle rien ne tient. On retrouve cette veine horrifique dans le Carrie revisité par Mike Flanagan, ou dans Below et sa créature marine, deux productions où la créature et le décor comptent autant que les stars. Pour celles et ceux qui rêvent de rejoindre un tel plateau de tournage, mieux vaut d’abord s’inscrire sur Figurants.com et comprendre comment fonctionne un casting de long-métrage.
Pas de projection presse : le drapeau rouge d’octobre
Un studio qui prive les critiques d’avant-première envoie un signal. Universal a décalé le film du printemps à l’automne, puis l’a sorti sans projection pour la presse. Les premières réactions confirment l’intuition : un film d’idées saboté par un montage heurté, un humour décalé qui retombe souvent à plat, une séquence de chasseurs de fantômes qui semble échappée d’une parodie. Les effets numériques de l’entité oscillent entre le glaçant et le grotesque.
Mon avis assumé : Other Mommy n’est pas le ratage complet que son silence promotionnel laissait craindre. Chastain tient la baraque, Savage signe trois ou quatre morceaux de bravoure, et le renversement du cliché de départ méritait mieux que ce scénario bancal. C’est une horreur de plateforme déguisée en événement de salle, à louer un soir de week-end plutôt qu’à courir voir au premier rang. Le public des festivals de genre, de Gérardmer à Sitges, saura faire la part des choses.
Reste une question qui dépasse ce seul titre. Combien de productions de genre misent aujourd’hui tout sur une image virale et une actrice au sommet, en oubliant d’écrire ce qui se passe entre deux sursauts ? La réponse se joue chaque vendredi, en salle comme en streaming.
Questions fréquentes sur Other Mommy
Qu’est-ce que raconte Other Mommy ?
Une entité capable de copier le visage des gens s’invite dans la maison de la petite Bela et prend les traits de sa mère, jouée par Jessica Chastain. L’enfant comprend vite que cette seconde maman n’a rien d’amical.
Qui joue dans Other Mommy ?
Jessica Chastain tient le double rôle de la mère et de son sosie. La jeune Arabella Olivia Clark incarne Bela, Jay Duplass joue le père, aux côtés de Dichen Lachman et Karen Allen.
Pourquoi Other Mommy fait peur ?
Parce que le monstre porte le visage aimant d’une mère, décalé d’un rien. L’horreur naît de l’intime devenu étranger, pas d’une créature lointaine.
Quand sort Other Mommy ?
Le film est sorti en salles le 9 octobre 2026 aux États-Unis. La date de sortie française n’a pas encore été officialisée par le distributeur.
Other Mommy est-il adapté d’un livre ?
Oui. Le scénario adapte Incidents Around the House, roman de Josh Malerman paru en 2024, l’auteur de Bird Box.
BANDE-ANNONCE OFFICIELLE
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