Clayface : Tom Rhys Harries, l’acteur devenu argile
DC transforme un ennemi de Batman en héros de body horror. Derrière la glaise, une fable sur le métier de comédien et l’art de disparaître dans un rôle.
Un homme seul, devant un miroir, capable de porter tous les visages du monde sauf le sien. Il prend les traits de la femme qu’il aime, se glisse dans sa peau, et c’est sa propre main, soudain, qui se caresse toute seule dans le noir. La scène est belle, trouble, dérangeante, et elle dit tout d’un film qui parle d’acteurs comme on parle de fantômes.
Sorti dans les salles françaises le 21 octobre et lancé aux États-Unis le 23 pour mieux coller à Halloween, le long-métrage de James Watkins est la grande curiosité de cette fin octobre. DC Studios y tente une chose rare : transformer un ennemi de Batman en héros de film d’horreur pour adultes. Et derrière le maquillage de glaise, c’est une réflexion sur le métier de comédien qui affleure, celle-là même qui fait battre le cœur d’un site comme le nôtre.
Tom Rhys Harries en Matt Hagen : un inconnu pour un rôle de caméléon
Le choix du premier rôle est le pari le plus intéressant du film. Pour incarner Matt Hagen, acteur en pleine ascension dont le visage va se liquéfier, DC n’a pas pris une star bankable mais un comédien gallois encore discret, Tom Rhys Harries, aperçu dans quelques séries et longs-métrages britanniques. Un visage que le grand public ne connaît pas, et c’est précisément ce qui fonctionne.
Hagen est censé être beau, nommé aux Oscars, promis à une grande carrière. Puis il couche avec la femme d’un baron du crime, et paie cette faute au rasoir : le mafieux lui taillade le visage. Défiguré, l’acteur se tourne vers une scientifique marginale qui change sa chair en argile. De vengeur, il devient monstre, et le monstre devient tragédie.
Harries porte ce glissement avec un côté Orange mécanique assumé, à la fois séduisant et inquiétant. Il faut un comédien capable de jouer un comédien, c’est-à-dire quelqu’un qui joue à jouer, qui endosse tous les masques et n’en garde aucun. Un acteur trop célèbre aurait ramené son propre visage dans la salle. Un inconnu, lui, peut encore disparaître.
Naomi Ackie, Max Minghella : la distribution autour du monstre
Face à lui, Naomi Ackie campe le docteur Caitlin Corr, scientifique en marge qui opère la métamorphose et devient le cœur émotionnel du récit. C’est elle, la femme que Hagen aime, qu’il façonnera plus tard à son image dans un geste de fabrication aussi beau que désespéré. Le duo porte la meilleure partie du film, ce huis clos presque amoureux entre un homme qui se défait et une femme qui tente de le réparer.
Max Minghella complète le triangle en détective de Gotham qui fréquente Caitlin, tandis que la distribution britannique aligne de solides seconds rôles : Eddie Marsan, David Dencik, Nancy Carroll ou encore Joshua James. Rien que des comédiens, pas des logos, et un ensemble qui tient debout sans s’appuyer sur une tête d’affiche surpayée.
Le travail du chef opérateur Rob Hardy, déjà derrière l’image d’Ex Machina, enveloppe tout cela d’un ultra-scope chatoyant qui donne à Gotham un gigantisme saisissant. La photographie, souvent, fait le casting invisible d’un film : elle décide de ce qu’on voit des corps, de la manière dont une transformation devient crédible.
James Watkins à la caméra, Mike Flanagan à l’écriture
Le générique raconte une histoire de chaises musicales. À l’origine, le film devait être réalisé par Mike Flanagan, nouveau pape de l’horreur américaine, qui signe le scénario avec Hossein Amini. Retenu par ses engagements sur la série Carrie, Flanagan a passé la main à James Watkins, l’Anglais révélé par Eden Lake. Le réalisateur lui-même l’a reconnu : au change, le projet n’y a peut-être rien perdu.
La production réunit du beau monde, de Matt Reeves à James Gunn et Peter Safran, et inscrit Clayface dans le premier chapitre du nouveau DC Universe baptisé Gods and Monsters. Pensé comme une petite production, à une quarantaine de millions de dollars, le film avait tout pour laisser son réalisateur travailler tranquille.
Un acteur capable de devenir tout le monde, mais jamais assez pour s’aimer lui-même.
C’est la dernière ligne droite qui divise. Les quarante-cinq premières minutes tiennent une promesse rare, celle d’un vrai body horror lorgnant vers La Mouche de Cronenberg, un Spider-Man pour adultes où la chair se révolte. Puis le troisième acte bascule dans la synthèse numérique et les morphings à répétition. Beaucoup y voient la trace de retouches tardives, une volonté de rendre le final plus spectaculaire qui finit par le faire s’écrouler. Dommage, car le matériau de départ était d’une noirceur magnifique.
Clayface, miroir du métier d’acteur et de la figuration
Voilà pourquoi ce film nous intéresse autant. Clayface n’est pas un énième méchant à super-pouvoirs : c’est une allégorie du comédien. Un homme dont le talent est de devenir les autres, littéralement, et qui finit prisonnier de ce don. Il prend l’apparence d’un ami, d’un inconnu, d’une femme, change de carrure selon les besoins, exactement comme un interprète passe d’un rôle à l’autre.
Ce fantasme du corps malléable, c’est le quotidien fantasmé de tout métier de plateau. Le comédien qui se grime, la silhouette qui se fond dans le décor, le figurant qui doit appartenir à une autre époque le temps d’un plan : tous pratiquent cette disparition de soi. La figuration cinéma est précisément cet art d’habiter un corps qui n’est plus tout à fait le vôtre, de prêter sa présence sans jamais réclamer la lumière.
Le film de Watkins pousse l’idée à l’extrême horrifique, mais la question qu’il pose traverse toute l’industrie. On la retrouvait déjà, sous un autre jour, dans notre papier sur Mike Flanagan et L’Exorciste Martyrs, où l’écriture du même scénariste interrogeait la foi et la chair. Et à l’opposé, elle éclaire d’un jour cru la façon dont Hollywood confond parfois notoriété et justesse, un travers décrit dans notre article sur Street Fighter et la confusion entre stars et comédiens.
Un body horror à quarante millions, sorti pour Halloween
La sortie dit beaucoup de la stratégie de DC. Décalé de septembre à la fin octobre pour profiter de la saison de l’épouvante, Clayface arrive en salles comme une proposition à contre-courant des grosses machines de super-héros. Tourné en grande partie du côté de Liverpool, sous le titre de travail Corinthians, il assume une échelle modeste et un parti pris d’horreur frontale, avec des scènes de mutilation qui n’épargnent rien.
Le pari commercial est risqué : un personnage de l’univers Batman, confié à un film pour adultes, porté par un acteur quasi inconnu. Mais c’est aussi ce qui en fait l’objet de curiosité de l’automne, discuté autant pour son audace que pour ses défauts. Entre une première heure saisissante et une fin qui patine, le film laisse l’impression tenace d’un grand film frôlé de près.
Reste l’essentiel pour nous : derrière le monstre d’argile, il y a un acteur. Et derrière chaque acteur, une industrie entière de corps qui se transforment, se costument, se fondent dans le récit. Clayface, à sa manière macabre, rend hommage à cette alchimie-là.
Questions fréquentes sur le film Clayface
Qu’est-ce que le film Clayface ?
Clayface est un body horror de DC Studios réalisé par James Watkins, écrit par Mike Flanagan et Hossein Amini. Il raconte la métamorphose de l’acteur Matt Hagen, défiguré par un mafieux puis changé en créature d’argile, dans l’univers de Gotham.
Qui joue dans Clayface ?
Le rôle principal revient à Tom Rhys Harries, dans la peau de Matt Hagen. Il est entouré de Naomi Ackie en docteur Caitlin Corr, de Max Minghella en détective de Gotham, ainsi que d’Eddie Marsan, David Dencik et Nancy Carroll.
Pourquoi Clayface se démarque-t-il des autres films DC ?
Parce qu’il assume un genre entier, le body horror pour adultes, là où DC produit d’ordinaire de l’action tout public. Le film mise sur la transformation physique, l’angoisse et une violence graphique rare dans un blockbuster de super-héros.
Clayface est-il tiré des comics ?
Oui. Clayface est un adversaire classique de Batman, figure mouvante capable de changer d’apparence. Le film reprend son origine d’acteur défiguré, Matt Hagen, pour en faire un récit intime sur l’identité et le rejet.
Quand Clayface est-il sorti en France ?
Le film est arrivé dans les salles françaises le 21 octobre 2026, deux jours avant sa sortie américaine calée sur la période d’Halloween.
Reste cette image, au fond, qui dit tout du cinéma : un comédien prêt à devenir tout le monde pour exister enfin aux yeux d’une femme, et qui ne récolte qu’un hurlement. On verra, dans les semaines qui viennent, si le public français se laisse prendre à ce miroir de glaise, ou s’il préfère regarder ailleurs, là où le visage reste un visage.
@JOF
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