Runner : Alan Ritchson lâche Reacher pour une course contre la montre
Un foie, trois heures, un syndicat du crime aux trousses : Scott Waugh signe un thriller d’action à l’ancienne, porté par un duo inattendu avec Owen Wilson.
Trois heures. Un caisson réfrigéré qui perd un degré après l’autre. À l’intérieur, un foie destiné à une fillette de sept ans, et sur ce même organe une étiquette invisible à plusieurs millions de dollars sur le marché noir. Le minuteur descend, la température aussi, et tout un syndicat du crime se met en travers de la route.
C’est sur ce pitch de pure série B que Runner installe son spectacle. Un film qui assume sa mécanique, qui préfère la tôle froissée aux grands discours, et qui arrive à un moment précis : celui où le cinéma d’action recommence à filmer des corps réels plutôt que des pixels. Derrière la caméra, Scott Waugh. Devant, une armoire à glace qui cherche à exister au-delà de son rôle le plus célèbre.
Le résultat n’est pas un chef-d’oeuvre, et il ne prétend jamais l’être. Mais il raconte quelque chose d’intéressant sur l’état du métier.
Alan Ritchson, le corps comme argument
Il y a quelque chose de fascinant à regarder un acteur transformer sa carrure en effet spécial. Alan Ritchson, deux mètres de muscle, s’est imposé sur le tard grâce à la série Amazon tirée des romans de Lee Child, où il remplit le costume que Tom Cruise flottait un peu trop. La première saison a frappé fort. Depuis, le comédien cherche à exister ailleurs que dans ce manteau.
Runner est précisément cette tentative. Ici, il quitte la posture du justicier intouchable pour celle d’un ancien militaire cabossé, devenu livreur par nécessité. La différence est mince sur le papier, énorme à l’écran : le personnage encaisse, saigne, doute, et porte littéralement sur son dos la survie d’une enfant.
Le film ne demande pas à Ritchson de jouer finement. Il lui demande d’être une force de la nature qui enchaîne les clés de bras, les poursuites et les corps-à-corps. Et dans ce registre, l’acteur est une évidence physique. On comprend vite pourquoi un studio a parié sur lui pour tenir un long-métrage entier.
Scott Waugh et le retour de l’action en dur
Le vrai personnage secondaire du film, c’est sa mise en scène. Scott Waugh n’est pas un réalisateur venu de l’école du scénario : il vient du plateau, du métier de cascadeur, de ce monde invisible où l’on tombe pour de vrai avant de signer un contrat de doublure. Cette origine se voit dans chaque plan.
Runner mise tout sur le practical, cette action filmée en dur, sans fond vert dégoulinant. Les combats durent, les chorégraphies s’étirent, la caméra entre dans une voiture, suit un échange de coups, ressort par le pare-brise arrière. C’est parfois bricolé, parfois limité par un budget de quarante millions de dollars tourné en Australie, mais l’intention est partout.
Le practical ramène sur les plateaux une faune que le CGI avait reléguée dans l’ombre : cascadeurs, doublures et silhouettes qui absorbent les chocs pour de vrai.
Et c’est là que le casting prend un sens plus large. Un film d’action à l’ancienne, ce sont des dizaines de techniciens, de figurants et de performers physiques convoqués sur le tournage. Chaque collision suppose une distribution de corps réels, chaque plan de foule exige une préparation que le numérique avait cru rendre caduque. Quand Waugh choisit le réel, il réembauche tout un artisanat.
Angel Studios, le pari le plus étrange de l’année
Il faut s’arrêter sur le producteur, parce qu’il résume l’anomalie du projet. Angel Studios s’est bâti une réputation sur le film familial et le cinéma à message, plutôt consensuel, plutôt édulcoré. Les voir financer un thriller aussi graphique relève du grand écart assumé.
Car Runner cogne. Les impacts de fusil à pompe sont nets, la violence frontale, loin de la retenue qu’on pouvait craindre. Le studio semble avoir compris qu’il pouvait élargir son public sans renier son goût pour les histoires morales : ici, un homme ordinaire risque tout pour sauver une inconnue. La morale est toujours là, simplement elle saigne.
En face de Ritchson, Rodrigo Santoro compose un antagoniste déchaîné, increvable, une sorte de Terminator qui ne lâche jamais prise. L’acteur brésilien, longtemps cantonné aux seconds rôles, trouve ici un adversaire à sa mesure, motivé par bien plus que l’argent. La confrontation entre les deux donne au film son meilleur carburant.
Owen Wilson, le buddy movie qu’on n’attendait plus
La surprise s’appelle Owen Wilson. On avait presque oublié l’acteur, star déclinante des comédies des années deux mille, habitué des duos face à Jackie Chan. Le retrouver en partenaire de route offre au film une respiration bienvenue, et un ton qui bascule régulièrement vers l’humour.
Le duo fonctionne, et le scénario, signé Miles Hubbard et Tommy White, s’autorise quelques bifurcations qui prennent le spectateur à contre-pied. Rien de révolutionnaire, mais une vraie générosité d’écriture pour un film de genre resté des années dans les tiroirs avant de trouver son producteur. On sent l’envie de divertir plutôt que d’impressionner.
C’est aussi ce qui rend Runner attachant : il connaît sa place. Il ne vise pas le podium du blockbuster de l’année, il vise la soirée réussie, la série B maîtrisée, le plaisir coupable bien emballé.
Ce que Runner dit du métier d’acteur aujourd’hui
Reste une question que le film pose malgré lui. Alan Ritchson a-t-il le pouvoir de porter un long-métrage en salle sur ses seules épaules ? Aux États-Unis, le film sort d’abord en salle de façon ciblée avant une bascule probable vers le streaming. C’est le signe d’une star encore en construction, davantage vedette de plateforme que locomotive de cinéma.
Ce statut hybride dessine la carrière type d’un acteur contemporain : visible, bankable sur abonnement, mais pas encore capable d’imposer un nom sur une affiche. Un chemin que connaissent bien, à leur échelle, les comédiens et figurants qui construisent leur crédibilité rôle après rôle, cachet après cachet, d’une série TV à un long-métrage.
Pour qui s’intéresse à l’envers du décor, ce virage vers le réel est une bonne nouvelle. Plus d’action en dur, c’est plus de besoins humains sur les tournages, de la figuration à la doublure. On l’a vu récemment quand Isabelle Huppert a accepté de jouer une simple figurante, preuve que la frontière entre vedette et silhouette n’a jamais été aussi poreuse. On le voit aussi dans la montée des créatures physiques, comme dans le thriller Below de Netflix porté par Josh Hartnett, ou dans le retour de l’aventure grand spectacle avec le tournage de La Momie 4. À chaque fois, la même logique : derrière une tête d’affiche, un plateau entier de corps réels.
Runner n’invente rien. Mais il remet au centre une idée simple, presque démodée : un film d’action, ça se joue avec des gens qui tombent vraiment.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Runner, le film avec Alan Ritchson ?
Runner est un thriller d’action réalisé par Scott Waugh, où Alan Ritchson incarne un ancien militaire devenu coursier, chargé de livrer un organe en trois heures pour sauver une enfant tandis qu’un syndicat du crime cherche à l’en empêcher.
Pourquoi Runner sort-il d’abord aux États-Unis ?
Parce qu’Angel Studios a opté pour une sortie salle américaine ciblée, avant une diffusion élargie et probablement une bascule vers une plateforme de streaming à l’international.
Qui réalise Runner et quel est son style ?
Scott Waugh, ancien cascadeur passé à la réalisation sur Act of Valor et Need for Speed, privilégie l’action en dur, les poursuites réelles et les chorégraphies de combat plutôt que les effets numériques.
Quand Runner sortira-t-il en France ?
Aucune date française n’est confirmée à ce jour. Le film est annoncé prochainement, avec une forte probabilité d’arriver directement sur une plateforme de streaming.
Runner est-il lié à la série Reacher ?
Non. Runner n’a aucun lien scénaristique avec Reacher. Le rapprochement vient seulement d’Alan Ritchson, qui retrouve ici le registre de l’action physique qui a fait son succès dans la série.
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