Hope, le retour de Na Hong-jin : Fassbender, Vikander et les stars coréennes réunis
Dix ans après The Strangers, le maître coréen revient avec le plus gros budget de l’histoire du cinéma coréen et un casting qui efface les frontières. Au cinéma le 28 octobre.
Une route de campagne, des panneaux rouillés qui ordonnent de se méfier des étrangers et des espions, une zone truffée de mines à quelques kilomètres de la Corée du Nord. C’est là, dans ce décor d’angoisse ordinaire, qu’un cinéaste a décidé de lâcher une créature et une pluie de dollars. Dix ans qu’on attendait ce retour. Dix ans que Na Hong-jin n’avait plus tourné.
Le réalisateur de The Chaser, du Yellow Sea et de The Strangers revient avec Hope, présenté en compétition au Festival de Cannes 2026 et attendu dans les salles françaises le 28 octobre. Derrière ce titre ironique, « l’espoir », se cache l’une des opérations de casting les plus ambitieuses jamais montées en Corée. Un pont jeté entre deux systèmes d’acteurs qui s’ignoraient poliment jusqu’ici.
Un auteur rare qui ne tourne presque jamais
Il faut rappeler qui est Na Hong-jin pour mesurer l’événement. Trois longs métrages en quinze ans, et trois coups de maître. The Chaser en 2008, polar suffocant sur un ancien flic devenu proxénète lancé aux trousses d’un tueur. The Yellow Sea en 2010, odyssée sanglante entre la Chine et la Corée. The Strangers en 2016, vertige chamanique que beaucoup rangent parmi les plus grands films d’horreur du siècle.
Puis plus rien. Pas de commande, pas de série, pas de film alimentaire. Na Hong-jin tourne quand il a quelque chose à dire, et seulement à ce moment-là. Cette rareté fait de chacun de ses projets un rendez-vous guetté par les cinéphiles du monde entier. Quand le réalisateur a annoncé un film de science-fiction à gros budget avec des stars occidentales, la curiosité est montée d’un cran.
Entre Séoul et Hollywood, le grand écart de la distribution
Le cœur du projet, c’est sa distribution. D’un côté, le gratin du cinéma coréen. Hwang Jung-min, visage familier de Veteran et des grands polars locaux, campe Beom-seok, un policier. Jo In-sung, star absolue de la comédie romantique et du drame coréens, incarne Seong-ki, un jeune chasseur. Et Jung Ho-yeon, révélée au monde entier par Squid Game, confirme qu’elle veut construire une carrière d’actrice et non de simple phénomène.
De l’autre, deux pointures occidentales. Michael Fassbender et Alicia Vikander, couple à la ville, forment un couple à l’écran. Le site AlloCiné crédite Fassbender d’un personnage au nom intrigant, Ma’veyyo, qui en dit long sur la dimension fantastique du récit. Autour d’eux gravitent Taylor Russell, découverte dans Waves et Bones and All, et Cameron Britton, le tueur glaçant de Mindhunter.
Réunir ces deux mondes n’a rien d’anodin. Le casting d’un film coréen tournait d’ordinaire en circuit fermé, porté par un star-system national ultra-puissant. Faire venir des comédiens hollywoodiens sur un plateau de Na Hong-jin, les diriger dans une langue et une grammaire de jeu différentes, suppose un travail de distribution long et périlleux. C’est ce genre de montage que l’on voit se multiplier depuis le triomphe de Parasite aux Oscars.
Un plateau pharaonique, un budget record
Les chiffres donnent le vertige. Hope est présenté comme le film le plus cher de l’histoire du cinéma coréen, avec un budget estimé autour de 75 millions de dollars. Une somme qui, rapportée aux standards locaux, relève de l’opération à haut risque.
Na Hong-jin s’est entouré en conséquence. À la photographie, Hong Kyung-pyo, le directeur de la photo de Parasite, de Burning et de Snowpiercer, un des chefs opérateurs les plus demandés d’Asie. À la musique, Michael Abels, compositeur fétiche de Jordan Peele sur Get Out et Nope. Autant de signatures qui transforment un film de genre coréen en objet de prestige international.
Le récit, lui, reste fidèle à l’obsession du cinéaste pour le mal qui surgit de nulle part. Près du village portuaire de Hopo, une entité venue d’ailleurs propage une maladie et sème le chaos. Film catastrophe, thriller policier, comédie noire : Hope assume le mélange des tons qui a toujours caractérisé son auteur, quitte à dérouter.
Cannes comme rampe de lancement
La sélection en compétition officielle au Festival de Cannes 2026 n’est pas un détail. Pour un film de genre coréen au budget démesuré, c’est un adoubement rare, celui qui fait basculer un projet de la catégorie blockbuster à celle d’objet d’auteur. La Croisette a longtemps servi de tremplin au cinéma coréen, de Old Boy à la Palme d’or de Parasite en 2019. Na Hong-jin s’inscrit dans cette lignée, avec l’avantage d’un nom déjà respecté sur la montée des marches.
Cette caution festivalière pèse aussi sur la carrière des comédiens. Pour Jung Ho-yeon, passer de la série planétaire au tapis cannois change la nature du regard que le métier porte sur elle. Pour les acteurs occidentaux, tourner chez un auteur primé vaut parfois davantage qu’un rôle dans une franchise. Le casting devient alors un pari d’image autant qu’un choix artistique.
Ce que ce casting raconte au métier de la figuration
Pour qui s’intéresse aux coulisses, un tournage de cette ampleur est d’abord une machine à emplois. Derrière les têtes d’affiche, un film à 75 millions de dollars mobilise des centaines de techniciens, de doublures et de figurants pour peupler le village, les scènes de panique et les plans de foule. La reconstitution d’une communauté entière confrontée à l’invasion ne tient pas sans ces silhouettes.
C’est précisément ce que la production française connaît bien. Les grands plateaux hexagonaux recrutent en permanence des profils variés, et un projet comme la figuration au cinéma reste la porte d’entrée la plus concrète vers un plateau de tournage. Un film de créatures exige des silhouettes capables de courir, de tomber, de hurler sur commande, prise après prise, pendant des nuits entières. Les besoins explosent : on l’a vu récemment sur le casting de Below, le survival de Netflix avec Josh Hartnett, ou sur le registre horrifique d’Other Mommy avec Jessica Chastain. Chaque plan de foule est une audition géante pour des dizaines d’anonymes.
L’autre leçon tient à l’internationalisation. Quand une star comme Michael Fassbender traverse la planète pour un auteur coréen, elle rappelle que les frontières du casting s’effacent. Le même mouvement pousse Hollywood à recruter des visages venus d’ailleurs, comme on l’a noté sur le casting de Heart of the Beast avec Brad Pitt. Les comédiens français qui visent l’international ont tout intérêt à surveiller ces passerelles, car un rôle décroché sur une coproduction peut ouvrir un carnet d’adresses mondial.
Un espoir qui divise déjà
Reste la question qui fâche. Na Hong-jin a-t-il réussi son pari, ou s’est-il laissé dévorer par ses ambitions ? Les premiers retours sont partagés. La première partie, portée par la direction d’acteurs et la mise en scène, impressionne. Puis l’apparition des créatures numériques crispe une partie des spectateurs, qui jugent les effets en deçà du reste.
« J’ai tourné en plein jour, je voulais que les créatures soient très rapides. Si c’était à refaire, je ne m’y prendrais pas de la même manière. »
Le réalisateur lui-même n’esquive pas le débat. Interrogé sur ses choix, il a reconnu ces partis pris. Rare honnêteté chez un cinéaste de ce calibre. Elle dit la difficulté d’un passage au très grand spectacle numérique, terrain où le cinéma coréen avance encore à tâtons.
Quoi qu’en disent les premiers verdicts, le pari de casting, lui, est gagné. Faire cohabiter Hwang Jung-min, Jung Ho-yeon et Michael Fassbender dans un même plan relevait de l’utopie il y a dix ans. Le 28 octobre, les salles françaises diront si l’espoir valait la fièvre.
Questions fréquentes
Pourquoi Hope fait-il autant parler ?
Parce que Na Hong-jin signe son retour après dix ans de silence, avec le plus gros budget de l’histoire du cinéma coréen et un casting qui mêle stars de Séoul et vedettes de Hollywood.
Qu’est-ce que le film Hope raconte ?
Dans un village portuaire isolé près de la zone démilitarisée coréenne, les habitants affrontent une créature venue d’ailleurs qui propage une maladie. Le film mélange catastrophe, thriller et comédie noire.
Quand sort Hope en France ?
Hope sort dans les salles françaises le 28 octobre 2026, distribué par Universal Pictures International France, après sa présentation en compétition au Festival de Cannes 2026.
Qui compose le casting de Hope ?
Hwang Jung-min, Jo In-sung et Jung Ho-yeon côté coréen, Michael Fassbender et Alicia Vikander en couple à l’écran, ainsi que Taylor Russell et Cameron Britton.
Combien a coûté le film Hope ?
Le film est présenté comme le plus cher jamais produit en Corée, avec un budget estimé autour de 75 millions de dollars.
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